L’élection présidentielle du 28 décembre dernier, consacrant Mamadi Doumbouya à la tête de l’État, a ouvert une nouvelle page politique. Mais au-delà de l’euphorie électorale, une question centrale s’impose déjà : par où commencer ? Dans un pays où tout semble urgent, où chaque secteur réclame des réformes profondes, la hiérarchisation des priorités devient un acte politique majeur.
Pour le professeur Alpha Amadou Bano Barry, la réponse est claire, presque implacable : la priorité des priorités n’est ni l’agriculture, ni les mines, mais la réforme de l’État et de son administration publique. Une thèse à contre-courant des discours classiques, mais solidement étayée.
La Guinée, rappelle-t-il, regorge d’atouts naturels exceptionnels. Avec 13,7 millions d’hectares de terres arables, 23 bassins fluviaux, 400 milliards de mètres cubes d’eau de surface et 13 milliards de mètres cubes d’eau souterraine, le pays devrait logiquement faire de l’agriculture le socle de son développement. Pourtant, cette richesse naturelle est ancienne, antérieure même à l’indépendance, et n’a jamais suffi à sortir le pays de la dépendance économique.
Aujourd’hui encore, l’agriculture ne contribue qu’à environ 30 % du PIB, loin derrière le secteur tertiaire qui en génère près de 40 %. Pis, malgré les décennies de politiques publiques, la production agricole stagne, voire régresse dans certains secteurs clés, notamment les cultures d’exportation. Pour le professeur Barry, le diagnostic est sans appel : le problème n’est pas la terre, mais la politique publique agricole. Et qui dit politique publique, dit administration publique.
L’histoire récente du pays en apporte la preuve. De la première République, marquée par l’importation massive de tracteurs pour mécaniser l’agriculture, à la deuxième République, où d’importants financements ont été mobilisés, les moyens n’ont pas manqué. Les résultats, eux, ont cruellement fait défaut. Une constante se dégage : des politiques ambitieuses sur le papier, mais une administration incapable de les traduire en performances durables.
Le constat est identique dans le secteur minier. La Guinée, souvent qualifiée de « scandale géologique », détient deux tiers des réserves mondiales de bauxite, entre 10 et 12 milliards de tonnes de fer prouvé, des dizaines de millions de carats de diamants et environ 1 000 tonnes d’or. Des chiffres vertigineux. Pourtant, si les mines représentent près de 85 % des exportations, elles ne génèrent qu’environ 20 % des recettes nationales. Là encore, le potentiel est immense, mais la valeur créée demeure dérisoire au regard des richesses extraites.
Pour l’ancien ministre de l’Éducation nationale, cette contradiction résume l’échec structurel de l’État guinéen : une incapacité chronique à transformer les ressources naturelles en richesse nationale. Et cette incapacité a un nom : la faiblesse de l’administration publique.
Le message est limpide et sonne comme un avertissement au nouveau pouvoir. « Ce n’est pas le sol ou le sous-sol qui enrichit un pays, mais les hommes et les femmes, et leur capacité à transformer la nature en richesse », martèle le professeur Bano Barry. Autrement dit, sans une administration compétente, intègre et efficace, aucune réforme sectorielle ne tiendra.
Pour le président Mamadi Doumbouya, le véritable chantier du septennat pourrait bien se jouer là, loin des slogans et des annonces, dans la refondation silencieuse mais décisive de l’État. Faute de quoi, la Guinée continuera de marcher sur l’or… les poches vides.
Algassimou L Diallo avec visionguinée.info






































