Capitale en pleine expansion, Conakry donne aujourd’hui l’image inquiétante d’une ville abandonnée à ses propres déchets. De quartier en quartier, des rues entières ont perdu leur vocation première pour se transformer en toilettes publiques à ciel ouvert. L’insalubrité, longtemps tolérée, n’est plus seulement une atteinte à l’esthétique urbaine : elle est devenue une bombe sanitaire à retardement, exposant quotidiennement les citoyens à de graves maladies.
Le constat est accablant. Dans plusieurs communes de la capitale et de ses environs, des eaux usées stagnent sur la chaussée, dégageant des odeurs nauséabondes. Issues des cuisines, des douches ou directement des latrines domestiques, ces eaux souillées sont déversées sans traitement sur la voie publique, faute d’infrastructures adaptées. Les caniveaux, initialement destinés à l’évacuation des eaux pluviales, se sont mués en égouts improvisés, bouchés par les ordures ménagères et les matières fécales.
Mais l’une des scènes les plus choquantes se déroule au marché de Matoto, au vu et au su de tout le monde. Là, des femmes vendent légumes, piments et épices à quelques centimètres des poubelles, parfois même directement dessus. Les mouches pullulent, les déchets pourrissent, et les aliments destinés à la consommation des familles conakrykas sont exposés à une contamination permanente. Cette situation, pourtant connue de tous, y compris des autorités communales, perdure dans une indifférence révoltante.
Les conséquences sont dramatiques. La stagnation des eaux usées et l’accumulation des déchets favorisent la prolifération de maladies hydriques comme le choléra, la fièvre typhoïde, les diarrhées aiguës et autres infections gastro-intestinales. Les enfants, souvent pieds nus, jouant près de ces rigoles infectées, en sont les premières victimes. À terme, c’est toute la chaîne sanitaire qui est fragilisée, des ménages aux structures de santé déjà débordées.
Cette insalubrité n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’un cocktail explosif : urbanisation anarchique, déficit criant d’infrastructures d’assainissement, laxisme administratif et incivisme chronique. Dans de nombreux quartiers, l’absence de fosses septiques conformes pousse certains ménages à raccorder illégalement leurs latrines aux caniveaux publics, transformant l’espace commun en décharge fécale.
Face à cette situation, la colère gronde. De plus en plus de citoyens interpellent les autorités, notamment le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, pour exiger des mesures fermes. « On ne peut pas sacrifier la santé de tout un quartier pour éviter le coût d’une fosse septique », dénoncent des observateurs. Les opérations ponctuelles de nettoyage et les campagnes de sensibilisation, bien que nécessaires, restent largement insuffisantes.
La vérité est simple : sans investissements massifs dans un véritable réseau d’égouts, sans toilettes publiques modernes, sans application rigoureuse des lois et sans sanctions exemplaires, Conakry continuera de s’enfoncer dans cette crise sanitaire silencieuse. La responsabilité est à la fois institutionnelle et citoyenne.
Transformer la capitale guinéenne en une ville propre et digne n’est plus un luxe, mais une urgence vitale. À défaut d’un sursaut collectif, Conakry risque de rester prisonnière de ses déchets, mettant en péril la santé de ses habitants et l’avenir de ses générations futures.
Amadou Diallo





































