Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et ex-ministre de l’Économie et des Finances, rejoint la position défendue par les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) sur la question du terrorisme. Comme Abdourahamane Tiani (Niger), Assimi Goïta (Mali) et Ibrahim Traoré (Burkina Faso), il estime que certains États apportent un soutien indirect — voire direct — aux groupes armés opérant dans la région.
Selon l’économiste ivoirien, la nature et l’ampleur des moyens dont disposent aujourd’hui les organisations terroristes ne peuvent s’expliquer sans des appuis étatiques. « Qu’un groupe armé s’oppose à un régime est une chose. Qu’il dispose d’armements et de capacités comparables à ceux d’un État en est une autre », soutient-il.
Une violence longtemps occidentale, devenue africaine
Mamadou Koulibaly rappelle que les grandes attaques terroristes contemporaines ont d’abord frappé l’Occident. Les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui ont fait près de 3 000 morts, demeurent une référence majeure. En Europe, les attaques de Madrid en 2004 (193 morts), celles de Paris en 2015, notamment au Bataclan et au Stade de France (130 morts), ou encore le massacre d’Oslo et de l’île d’Utøya en 2011 (77 morts), ont marqué durablement les esprits.
Mais, souligne-t-il, ces attaques sont restées relativement sporadiques en Occident, contrairement à l’Afrique, et plus particulièrement au Sahel, où les violences terroristes sont devenues récurrentes. Une évolution qui, selon lui, traduit une meilleure coordination des groupes armés et un accès facilité aux ressources, notamment aux armes.
Des flux d’armes impossibles sans complicités
Pour l’ancien patron du Parlement ivoirien, la question centrale reste celle du contrôle des armements. « Les armes de guerre et les équipements militaires ne circulent pas sans traces. Ils ne peuvent être fournis qu’avec l’aval de gouvernements », affirme-t-il, pointant du doigt les failles — ou les silences — des mécanismes internationaux de contrôle.
Il insiste notamment sur le rôle des certificats d’utilisateur final, dits end-user certificates. Ces documents, obligatoires dans les transactions d’armes, sont censés garantir que le matériel livré ne sera pas détourné vers des acteurs non étatiques. « Comment expliquer que des groupes sans États, sans gouvernements reconnus, disposent pourtant d’armes et d’équipements nécessitant des certificats signés par des autorités officielles ? », interroge-t-il.
Des questions sans réponses
Mamadou Koulibaly pose ainsi une série de questions jugées fondamentales :
– Quels gouvernements signent les certificats d’utilisation finale des armes retrouvées entre les mains des groupes terroristes ?
– Quelles banques financent ces transactions ?
– Est-il réellement impossible de tracer les circuits de financement, d’achat, de transport et de livraison des armes, ou existe-t-il une volonté de ne pas le faire ?
Pour l’enseignant-chercheur, l’absence de réponses claires à ces interrogations nourrit le soupçon d’une complicité passive, voire active, de certaines puissances. Il estime que si les pays développés voulaient réellement combattre le terrorisme, ils commenceraient par tarir les sources d’approvisionnement en armes.
À défaut, conclut-il, la persistance de ces flux illégaux suffit à révéler le degré de responsabilité de ceux qui prétendent lutter contre un fléau qu’ils contribuent, selon lui, à entretenir.
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