À moins d’un mois des élections législatives et locales, le climat politique en Guinée se tend davantage. Les autorités ont adressé une mise en demeure aux partis politiques afin qu’ils se conforment aux nouvelles dispositions issues de la Constitution promulguée en septembre 2025. Une exigence présentée comme une simple application de la loi, mais dénoncée par l’opposition comme une manœuvre d’asphyxie politique.
Actualisation des statuts et règlements intérieurs, organisation de congrès extraordinaires de mise en conformité à tous les échelons, justification d’un siège dans chaque préfecture : la feuille de route imposée est lourde. Et le calendrier, serré. Tout parti n’ayant pas satisfait à ces obligations d’ici au 25 mai perdra purement et simplement son statut juridique.
Déjà suspendus depuis le 25 novembre 2025, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), ancien parti au pouvoir dirigé par Alpha Condé, et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, figurent parmi les formations sommées de se mettre en règle sous peine de disparition légale.
Le Premier ministre Amadou Oury Bah se veut inflexible. Pour lui, la loi s’applique à tous, sans exception. Il reproche aux deux principales formations d’avoir entretenu des « attitudes hors des critères établis » par le ministère en charge de l’administration du territoire et de la gestion de l’espace politique. « S’ils estiment qu’ils ont des privilèges au-delà de ce qui est légal, la légalité s’imposera », prévient-il, dans un ton qui ne laisse guère place à la négociation.
Mais du côté de l’opposition, la lecture est toute autre. Pour Rafiou Sow, leader du Parti du renouveau et du progrès (PRP), l’objectif serait clair : affaiblir, voire dissoudre les principales forces politiques adverses. « L’opposition, la vraie, est muselée et interdite de toute activité. Aujourd’hui, nous avons la certitude que le gouvernement, avec M. Oury Bah en tête, est en train de détruire nos partis », accuse-t-il.
Même inquiétude chez Faya Millimouno, président du Bloc libéral. Il s’interroge sur la cohérence d’une telle exigence à quelques semaines d’un scrutin majeur, alors que plusieurs partis sont toujours suspendus de toute activité. « L’administration publique perd sa neutralité, l’espace civique se rétrécit dangereusement. Les partis sont suspendus, des médias sont fermés, les manifestations interdites. L’élection risque de devenir un simple rituel de confirmation », alerte-t-il.
Derrière l’argument juridique brandi par le pouvoir, l’opposition voit se profiler un verrouillage méthodique du jeu politique. Entre impératif de légalité et soupçon de mise au pas, la Guinée avance vers les urnes dans un climat de défiance croissante. Plus que jamais, la question centrale demeure : s’agit-il d’assainir le paysage politique ou de redessiner la carte des forces en présence ?
Algassimou L Diallo






































