La multiplication des enlèvements en Guinée commence à installer un climat de peur et d’incertitude qui interroge profondément l’état des libertés publiques. Dans un contexte déjà marqué par plusieurs disparitions non élucidées visant des acteurs politiques, des membres de la société civile et des journalistes, un nouvel épisode vient raviver les inquiétudes.
Dans la nuit du 3 mars 2026, à Dinguiraye, deux proches de l’ancien ministre Tibou Kamara ont été enlevées. Il s’agit de Hadja Asmaou Diallo et de Hadja Binta Camara, respectivement mère et sœur de l’ex-responsable gouvernemental. Un rapt qui suscite l’indignation et relance les interrogations sur la sécurité des citoyens et le respect de l’État de droit.
Face à cette situation, Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) est montée au créneau. Dans un communiqué publié le 5 mars 2026, l’organisation dénonce la persistance de pratiques qu’elle qualifie d’« humiliantes et dégradantes », estimant qu’elles sont en contradiction flagrante avec les engagements juridiques de la Guinée en matière de droits humains.
Pour l’OGDH, ces enlèvements ne sont pas de simples faits divers. Ils traduisent, selon elle, une dégradation préoccupante des libertés publiques. L’organisation rappelle que la Guinée est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, deux instruments juridiques majeurs qui garantissent notamment le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité des personnes.
Ces principes, souligne-t-elle, sont également consacrés par la Constitution guinéenne, notamment à travers les articles 8, 9 et 10 qui consacrent la dignité humaine, la liberté individuelle, l’inviolabilité de la personne et la protection contre toute arrestation arbitraire.
Au-delà du rappel juridique, l’OGDH interpelle directement les autorités. L’organisation demande au ministre de la Justice et des Droits de l’Homme d’ordonner une enquête sérieuse, indépendante et impartiale afin d’identifier les auteurs de l’enlèvement et de situer les responsabilités.
Mais l’exigence ne s’arrête pas là. L’organisation réclame également une communication régulière et transparente sur l’évolution des enquêtes concernant ces disparitions, ainsi que celles qui ont précédé.
Dans un pays où les interpellations menées par des individus cagoulés sont de plus en plus dénoncées, l’OGDH appelle enfin à mettre immédiatement fin aux arrestations extrajudiciaires.
Car au-delà des cas individuels, c’est une question fondamentale qui se pose désormais : qui protège réellement les citoyens lorsque la peur de disparaître s’installe dans la société ? Une interrogation qui place l’État face à une responsabilité majeure : restaurer la confiance et garantir que nul, en Guinée, ne puisse être soustrait à la loi dans l’ombre de la nuit.
Amadou Diallo






































