Quand la montagne accouche enfin de fer… et de politique
Il aura fallu trente ans d’attente, de promesses et de revirements pour que le géant endormi de Simandou sorte enfin de terre. Ce mardi 11 novembre, le président Mamadi Doumbouya, flanqué de ses homologues gabonais et rwandais, a donné le coup d’envoi officiel de l’exploitation du plus grand projet minier d’Afrique. Un moment historique, à la fois industriel et symbolique, que le régime présente comme le triomphe d’une Guinée qui se redresse et regarde vers l’avenir.
Mais derrière les fanfares et les drapeaux, Simandou reste une équation à plusieurs inconnues. Car au-delà de ses deux milliards de tonnes de fer de haute qualité et de ses 20 milliards de dollars d’investissements, le projet est aussi un pari politique risqué. En faire le socle d’une « vision 2040 » relève autant de l’ambition que du calcul stratégique : celui de montrer que le pouvoir actuel peut transformer un rêve national en réalité tangible.
Les partenaires étrangers – Rio Tinto, Chinalco, Baowu et WCS – se félicitent de cette « concrétisation ». Les technocrates guinéens, eux, promettent déjà la transformation du minerai sur place. Mais l’euphorie du moment ne suffit pas à masquer les avertissements des experts : le fer reste soumis aux fluctuations d’un marché mondial imprévisible, les exonérations fiscales grèvent les retombées à court terme, et les infrastructures construites avant tout pour le minerai ne profiteront pas immédiatement aux populations.
« Simandou 2040 » : un slogan omniprésent, désormais matière d’examen au brevet des collèges. L’enthousiasme est réel, mais l’histoire récente des mines guinéennes appelle à la prudence. Trop d’attentes, trop peu de résultats tangibles : la bauxite de Boké en est un douloureux rappel. Quand la politique précède la technique, les frustrations ne sont jamais loin.
Simandou, aujourd’hui, est bien plus qu’une mine. C’est le miroir d’un pays qui rêve de grandeur, mais qui devra prouver que le fer peut aussi forger le progrès. À défaut, l’acier tant vanté pourrait vite se refroidir dans la désillusion.
Abdoul Chaolis Diallo






































