Reportage
À Conakry, la salle de conférence de l’Observatoire National Autonome de Supervision du Référendum Constitutionnel (ONASUR-E) affichait complet ce jeudi 23 avril 2026. Journalistes, acteurs politiques et observateurs électoraux s’y étaient donné rendez-vous. À un peu plus d’un mois du double scrutin du 31 mai, l’enjeu est clair : rassurer, encadrer, sécuriser.
Face à la presse, Me Pépé Antoine Lamah, chargé des affaires juridiques et de la conformité, pose d’entrée le décor. Ton posé, regard ferme, il rappelle l’évolution d’une institution encore méconnue du grand public :
« L’Observatoire national du référendum a été créé spécifiquement pour le référendum constitutionnel. Depuis, sa mission s’est étendue à la supervision des autres élections », explique-t-il, avant d’ajouter que l’ONASUR-E occupe désormais une place charnière, « similaire à celle de l’organe technique indépendant de gestion des élections, le LOTIGE ».
Dans un contexte politique sensible, où chaque étape du processus électoral est scrutée, l’institution entend jouer un rôle de vigie. Juridiquement autonome, dotée d’une personnalité propre et d’une indépendance administrative et financière, l’ONASUR-E s’appuie sur l’article 41 de la Constitution pour asseoir sa légitimité. En attendant l’installation effective du LOTIGE, elle fait office de chef d’orchestre institutionnel, assumant les fonctions du Conseil National Électoral.
Une mécanique électorale sous surveillance
Dans son intervention, Me Lamah détaille une architecture bien huilée. Quatre missions structurent l’action de l’Observatoire.
D’abord, la supervision globale du processus électoral. De la préparation logistique au déroulement du vote, rien n’échappe à son radar. L’objectif : garantir la conformité de chaque étape aux normes légales.
Ensuite, la régulation financière. Sur ce point, l’ONASUR-E a récemment pris les devants en présidant la commission chargée de fixer les cautions et plafonds de dépenses. Pour les législatives, le montant est arrêté à 12 milliards de francs guinéens. Une décision stratégique pour contenir les excès et encadrer la compétition.
Troisième pilier : le contrôle des candidatures. En lien étroit avec la Direction Générale des Élections (DGE), l’Observatoire participe à l’enregistrement et à l’examen des dossiers. Une étape cruciale pour filtrer et valider les prétendants à la course électorale.
Enfin, l’intégrité du fichier électoral. À l’heure du biométrique, l’enjeu est de taille. L’ONASUR-E supervise la mise à jour du registre national, avec une ambition affichée : garantir des listes fiables et incontestables.
Un réseau institutionnel sous coordination
Mais l’ONASUR-E ne travaille pas seul. Dans les coulisses du processus électoral, une coordination étroite s’opère avec plusieurs institutions clés.
La DGE, bras technique du dispositif, exécute les opérations sur le terrain sous la supervision de l’Observatoire. Le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD) apporte son appui logistique et administratif. De leur côté, la justice et la Haute Autorité de la Communication (HAC) veillent au respect des règles, notamment en matière de traitement médiatique et d’équité entre candidats.
Plus en retrait mais tout aussi déterminantes, les forces de défense et de sécurité jouent un rôle d’alerte et de protection, garantes d’un climat apaisé pour électeurs et candidats.
« Aucun écart ne sera toléré »
Dans cette mécanique complexe, l’ONASUR-E se veut inflexible. Encadrement des dépenses, respect des droits, égalité des chances : tout est passé au crible.
« Tout écart aux règles établies est immédiatement signalé », prévient Me Lamah, assurant que l’institution « soutient pleinement la DGE dans ses actions correctives ». Le message est limpide : la transparence ne sera pas négociable.
À mesure que l’échéance du 31 mai approche, une certitude s’impose : au cœur du dispositif électoral guinéen, l’ONASUR-E entend bien jouer sa partition jusqu’au bout, sous l’œil attentif d’une opinion publique en quête de crédibilité et de confiance.
Saliou Keita



































