À Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, les bulldozers israéliens poursuivent la démolition systématique des habitations du camp de réfugiés. Déplacés début janvier, les quelque 22 000 résidents ont été autorisés ces derniers jours à revenir une dernière fois dans leurs logements détruits pour tenter d’en sauver quelques souvenirs. Environ 700 maisons sont concernées.
Maïssa Natour fait partie de ceux qui ont pu franchir de nouveau l’entrée du camp, dix mois après que l’armée israélienne en a pris le contrôle. Devant l’ampleur des dégâts, elle dit avoir perdu tout repère.
« C’était comme Gaza, totalement rasé. Il n’y avait plus aucune trace des maisons. Ils ont juste creusé un passage. Ma fille me demandait : “Où allons-nous ? Où sommes-nous ?” On ne reconnaissait rien », raconte-t-elle.
Escortée par des soldats, Maïssa atteint ce qu’il reste de sa maison, celle où elle s’est mariée il y a 27 ans et où ses enfants ont grandi. Les murs n’existent plus, les meubles sont éventrés, les fenêtres arrachées.
« La maison était détruite de fond en comble. Mon salon, mes canapés… tout était lacéré au couteau. Les fenêtres, les portes, tout était réduit en miettes », confie-t-elle, la voix brisée.
Prévenue à la dernière minute de la destruction imminente, Maïssa n’a pu compter que sur ses mains pour sauver quelques fragments de sa vie. Une tâche impossible.
« Je ne savais plus quoi prendre. Je crois que je n’ai pris qu’un bidon d’huile, c’est tout. Je voulais récupérer les actes de naissance des enfants, mais je n’y suis pas arrivée. Je n’ai rien pu prendre », dit-elle.
Aujourd’hui, Maïssa occupe difficilement un appartement qui donne sur le camp. Sa situation est d’autant plus lourde que son fils de 15 ans a été grièvement blessé par des tirs israéliens en octobre, et que son aîné est emprisonné. Face à cet enchaînement de drames, elle confie ne plus comprendre « cet acharnement » qui s’abat sur sa famille comme sur tant d’autres à Jénine.
Rfi






































