Ils s’appelaient Mamadou Mouctar Baldé et Sounounou Bah. Deux jeunes travailleurs, deux pères de famille, deux cambistes partis simplement faire ce qu’ils faisaient chaque jour : gagner leur vie. Le mardi 31 mars 2026, ils ont quitté leurs domiciles pour un rendez-vous professionnel. Ils ne sont jamais revenus.
Leur histoire ressemble tragiquement à celle d’un piège soigneusement préparé. Selon les informations rapportées par des confrères d’africacaguinée.com, Mamadou Mouctar Baldé aurait été contacté par téléphone par un individu se présentant comme un client souhaitant changer 10 000 euros. Une opération ordinaire dans le quotidien des cambistes qui opèrent dans les circuits informels de change à Conakry.
Par prudence ou par habitude, il décide de ne pas s’y rendre seul. Il se fait accompagner de son collègue et ami Sounounou Bah. Ensemble, ils prennent leurs motos, avec l’équivalent en francs guinéens soigneusement rangé dans leurs sacs, direction la corniche de Matoto. Un rendez-vous professionnel qui se transformera en guet-apens mortel.
Arrivés sur place, les deux hommes sont froidement abattus. Des tirs à bout portant. Une exécution rapide. L’argent emporté. Et derrière eux, deux familles brisées.
Ce drame, au-delà de l’émotion qu’il suscite, pose une question dérangeante : jusqu’où l’insécurité est-elle en train de banaliser la mort dans les activités économiques les plus ordinaires ?
Car ces deux victimes ne sont ni des figures politiques ni des personnalités publiques. Elles représentent cette majorité silencieuse de Guinéens qui survivent grâce à des activités informelles, souvent sans protection, sans encadrement et sans sécurité.
Alertées par les détonations, les forces de sécurité se sont rendues sur les lieux. Mais comme trop souvent dans ce type d’affaires, elles sont arrivées après le drame. L’un des cambistes était déjà sans vie. L’autre, grièvement blessé, sera transporté à l’hôpital régional d’Entag où il succombera quelques heures plus tard.
Un scénario malheureusement devenu trop familier : des tirs, des victimes, des assaillants introuvables.
Les deux hommes, âgés d’une trentaine d’années, étaient tous deux mariés. Deux vies fauchées dans la fleur de l’âge. Deux familles désormais confrontées à la brutalité d’un vide impossible à combler.
Le président de l’Association des cambistes de Guinée l’a rappelé avec justesse : dans ce métier, l’ethnie ne compte pas, seule la confiance guide les relations. Une phrase simple mais lourde de sens dans un pays où la cohésion sociale reste un enjeu majeur.
Mais au-delà de la solidarité professionnelle, c’est un cri d’alerte qui est lancé. Celui d’une corporation exposée, vulnérable, souvent ciblée parce qu’elle manipule de l’argent liquide dans un environnement où la sécurité reste fragile.
Ce double assassinat remet au premier plan la question de la protection des citoyens dans l’exercice de leurs activités économiques. Car lorsqu’un simple rendez-vous de travail devient une opération à haut risque, c’est toute la confiance dans l’espace public qui vacille.
L’appel lancé aux autorités pour renforcer la sécurité n’est donc pas seulement une réaction à l’émotion du moment. Il traduit une inquiétude plus profonde : celle d’une population qui craint que ces drames ne deviennent une norme silencieuse.
Car derrière ce crime, il y a une réalité plus large : celle d’une urbanisation rapide, d’un chômage persistant et d’une économie informelle florissante où la sécurité ne suit pas toujours le rythme des besoins.
La mort de Mamadou Mouctar Baldé et de Sounounou Bah ne doit donc pas être un simple fait divers de plus dans la longue liste des violences urbaines. Elle doit être un signal d’alarme.
Car la véritable question aujourd’hui n’est pas seulement de retrouver les auteurs de ce crime. Elle est de savoir combien d’autres travailleurs devront encore mourir avant que la sécurité quotidienne ne devienne une priorité visible et effective.
En attendant des réponses, deux noms viennent s’ajouter à la mémoire collective des victimes anonymes de l’insécurité. Et une interrogation demeure : peut-on encore travailler sereinement lorsque gagner sa vie peut coûter la vie ?
Abdoul Chaolis Diallo


































