À l’heure où les alliances internationales se construisent souvent au gré des intérêts économiques et des calculs diplomatiques, certaines relations résistent au temps parce qu’elles sont nées dans la solidarité, le sacrifice et la fidélité entre les peuples. Entre la Guinée et Cuba, l’histoire ne se raconte pas seulement dans les archives officielles ; elle vit encore dans la mémoire de milliers de Guinéens formés à La Havane, dans les récits des anciennes générations et dans cette fraternité politique et humaine forgée au lendemain des indépendances africaines.
La cérémonie organisée le 15 mai à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, à l’occasion du centenaire de la naissance de Fidel Castro, n’avait donc rien d’un simple hommage protocolaire. Elle sonnait plutôt comme un rappel historique : celui d’une époque où Cuba tendait la main à l’Afrique sans condition, envoyant médecins, enseignants et formateurs là où les jeunes nations cherchaient encore à bâtir leurs institutions.
En célébrant à la fois les 54 ans de la visite historique de Fidel Castro en Guinée et les dix années écoulées depuis sa disparition, les autorités universitaires, les anciens étudiants guinéens de Cuba et les représentants diplomatiques ont ravivé une mémoire collective profondément enracinée. Une mémoire faite d’éducation, de coopération et de reconnaissance mutuelle.
Car derrière les discours officiels, il y a surtout des destins. Ceux de nombreux cadres guinéens formés dans les universités cubaines, revenus servir leur pays avec un bagage intellectuel et humain hérité de cette expérience. Pour beaucoup d’entre eux, Cuba ne fut pas seulement une terre d’études, mais une école de solidarité, de discipline et de dignité.
Le geste symbolique posé durant la cérémonie la remise des ouvrages Mémoires vivantes de Mamadou Maladho Barry et Humour de mon beau pays de Facely Deux Mara à Son Excellence Alexis Peña Orozco dépasse largement le cadre culturel. Il traduit une reconnaissance sincère envers un pays qui a marqué plusieurs générations de Guinéens par la qualité de sa formation et la profondeur de ses valeurs humaines.
Dans un monde dominé par les rapports de force et les intérêts stratégiques, la relation entre Conakry et La Havane demeure l’un des rares héritages diplomatiques bâtis sur une solidarité authentique. Et si les contextes politiques ont changé, l’esprit de cette coopération, lui, semble toujours intact.
La Guinée moderne gagnerait d’ailleurs à préserver cette mémoire et à s’en inspirer. Car les nations qui oublient leurs véritables alliés finissent souvent par perdre le sens de leur propre histoire.
Barry Arbaba



































