Conakry – Le gouvernement guinéen a officiellement lancé, ce jeudi 2 juillet 2026, l’atelier national de vulgarisation et d’appropriation des résultats de la sixième Enquête démographique et de santé (EDS-VI). Organisée par le ministère du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, à travers l’Institut national de la statistique (INS), en collaboration avec le Bureau de stratégie et de développement du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, cette rencontre a permis de dévoiler les principales conclusions de cette vaste enquête nationale.
La cérémonie, présidée par le représentant du Premier ministre, a réuni plusieurs membres du gouvernement, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs du système statistique national.
L’objectif de cet atelier est de mettre à la disposition des décideurs des données statistiques actualisées afin d’améliorer la planification des politiques publiques, notamment dans les domaines de la santé, de la nutrition, de la protection sociale et du développement humain.
Présentant le rapport, le directeur général de l’Institut national de la statistique, Dr Makan Doumbouya, a rappelé que cette sixième Enquête démographique et de santé s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du programme Simandou 2040, dont l’un des piliers est consacré à la santé et au bien-être.
« La sixième Enquête démographique et de santé a été réalisée dans un contexte marqué par la mise en œuvre du programme de développement socio-économique durable Simandou 2040. La réussite de ce programme, ainsi que le suivi des engagements nationaux et internationaux de la Guinée, nécessitent des informations fiables et actualisées », a-t-il expliqué.
Réalisée à l’échelle nationale, l’enquête a couvert 8 000 ménages. Elle a permis de collecter des données auprès de 10 960 femmes âgées de 15 à 49 ans, 4 224 hommes âgés de 15 à 59 ans, ainsi que des enfants de moins de cinq ans.
Des progrès enregistrés, mais des écarts persistants
Selon Dr Makan Doumbouya, les résultats de l’EDS-VI montrent que 39 % des ménages guinéens disposent désormais d’un accès à l’électricité, contre seulement 11,6 % en milieu rural. En matière d’assainissement, 31 % des ménages bénéficient d’installations améliorées, tandis que l’accès à une source d’eau améliorée demeure fortement inégal entre les zones urbaines et rurales.
L’indice synthétique de fécondité s’établit à 4,5 enfants par femme, avec de fortes disparités régionales. Les régions de Kankan et de Faranah enregistrent chacune plus de six enfants par femme.
L’enquête révèle également que 23 % des femmes ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale, alors que seulement 7 % utilisent une méthode contraceptive moderne.
En revanche, plusieurs indicateurs de santé maternelle connaissent une évolution positive. Ainsi, 80 % des femmes ayant récemment accouché ont bénéficié de soins prénatals dispensés par un personnel qualifié, tandis que 67 % des accouchements ont eu lieu dans une structure de santé, contre 55 % en 2018.
Malgré ces progrès, les défis demeurent importants. La mortalité infanto-juvénile reste élevée avec 95 décès pour 1 000 naissances vivantes, tandis que le ratio de mortalité maternelle est passé de 530 à 501 décès pour 100 000 naissances vivantes entre 2018 et 2025.
La couverture vaccinale reste également faible : seuls 26 % des enfants âgés de 12 à 23 mois sont complètement vaccinés.
Concernant la lutte contre le paludisme, 41 % des ménages possèdent au moins une moustiquaire imprégnée, mais 22 % seulement déclarent que tous leurs membres ont dormi sous une moustiquaire la nuit précédant l’enquête.
L’EDS-VI met également en évidence une prévalence de 12 % de l’hypertension chez les femmes contre 16 % chez les hommes, de 18 % du diabète chez les femmes contre 19 % chez les hommes, ainsi qu’une prévalence de l’hépatite B de 7 % chez les femmes et 9 % chez les hommes.
« Les données ne doivent pas dormir dans les tiroirs »
Prenant la parole, la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Kaïté Sall, a souligné l’importance stratégique de cette enquête pour l’avenir du système sanitaire guinéen.
« L’Enquête démographique et de santé que nous validons aujourd’hui n’est pas qu’un recueil de données froides. Elle constitue le baromètre de nos efforts et s’inscrit pleinement dans la dynamique de refondation nationale. Le cinquième pilier du programme Simandou 2040 considère la santé non pas comme une simple absence de maladie, mais comme un moteur essentiel de la productivité et de la dignité humaine. »
La ministre a assuré que les résultats de cette étude guideront désormais les décisions publiques.
« Ces données ne vont pas dormir dans les tiroirs. Elles représentent un engagement sacré. Chaque décision, chaque allocation budgétaire et chaque déploiement de personnel devront être orientés vers un objectif unique : sauver des vies et améliorer la qualité des soins dans nos structures sanitaires. »
Le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, a estimé que cette cérémonie dépasse la simple diffusion de statistiques.
« Derrière chaque chiffre publié aujourd’hui se trouve une vie, derrière chaque indicateur une famille et derrière chaque statistique une réalité humaine que nous avons la responsabilité collective de transformer. Les statistiques ne prennent tout leur sens que lorsqu’elles deviennent des politiques publiques capables d’améliorer concrètement les conditions de vie des populations. »
Les Nations Unies saluent les progrès tout en appelant à accélérer les réformes
Présent à la cérémonie, le coordonnateur résident des Nations Unies en Guinée, Diego Zorrilla, s’est félicité des progrès enregistrés, notamment l’augmentation de la scolarisation des filles, l’amélioration du suivi prénatal, la hausse des accouchements assistés par un personnel qualifié et la baisse de la fécondité précoce chez les adolescentes.
Le diplomate onusien a toutefois insisté sur les nombreux défis qui subsistent, notamment la stagnation de l‘accès à l’eau potable et à l’assainissement, les fortes disparités entre zones urbaines et rurales, la persistance de la malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans, une mortalité néonatale toujours élevée, le recul de la prévalence contraceptive moderne, révélant un besoin accru d’éducation sexuelle et d’accès aux services de planification familiale, ainsi que la persistance des mutilations génitales féminines, malgré les efforts déployés par les autorités et leurs partenaires.
À travers cette nouvelle Enquête démographique et de santé, les autorités guinéennes disposent désormais d’un tableau actualisé des défis sanitaires et sociaux du pays. Des données qui devraient servir de boussole pour orienter les politiques publiques et accélérer l’atteinte des objectifs de développement durable.
Marliatou Sall





































