Il y a des procès qui dépassent les murs du tribunal pour devenir des révélateurs d’une époque. L’affaire Hadya Bah, plus connue sous le nom de « Bandirou », en fait désormais partie. Pendant plusieurs semaines, l’opinion publique a suivi chaque audience comme un épisode décisif d’un affrontement mêlant notoriété, activisme numérique et responsabilité des paroles publiques.
Ce mercredi 1er juillet 2026, le Tribunal de première instance de Dixinn a rendu son verdict et, avec lui, redistribué les rôles dans un dossier qui aura cristallisé toutes les tensions autour des réseaux sociaux et de leurs dérives.
Une condamnation qui sonne comme un avertissement
En reconnaissant Hadya Bandirou coupable de diffamation, le juge Mohamed Sangaré a choisi une sanction mesurée mais symboliquement forte : six mois d’emprisonnement avec sursis, une amende d’un million de francs guinéens et un franc symbolique de dommages et intérêts au profit de la partie civile.
Le message est clair : la célébrité ne protège pas des conséquences judiciaires des accusations publiques. Le sursis évite l’incarcération immédiate, mais la condamnation inscrit un rappel durable dans le parcours de l’artiste.
Saad et SopraAlpha : la relaxe comme retournement de scénario
L’autre surprise du verdict réside dans la décision concernant Ahmed Saadate Diallo, dit « Saad le Provocateur », et Mamadou Alpha Baldé, alias « SopraAlpha ».
Les deux activistes ont été renvoyés des fins de la poursuite pour délit non constitué. Autrement dit, la justice a estimé que les éléments nécessaires à leur condamnation n’étaient pas réunis. Après avoir comparu aux côtés de l’artiste dans une affaire fortement médiatisée, ils ressortent libres et juridiquement blanchis.
Un procès, plusieurs lectures
La défense avait plaidé la relaxe pure et simple pour l’ensemble des prévenus, soutenant que les infractions reprochées n’étaient pas caractérisées. Le ministère public, lui, a maintenu la pression jusqu’au bout, particulièrement à l’encontre de Hadya Bah.
Le tribunal a finalement opéré un tri dans les responsabilités, distinguant la situation de l’artiste de celle de ses co-prévenus. Cette différenciation est sans doute l’aspect le plus marquant de la décision.
Le vrai enjeu : la parole à l’ère numérique
Au-delà des noms et des condamnations, ce dossier pose une question devenue centrale dans la société guinéenne : où commence la liberté d’expression et où finit la responsabilité pénale lorsqu’une accusation est diffusée à grande échelle par voie numérique ?
Les chefs d’accusation évoquaient notamment la diffamation, le proxénétisme et l’atteinte à l’ordre public et à la dignité des individus par le biais d’un système informatique. Le verdict montre que la justice entend examiner avec précision la part de responsabilité de chacun, plutôt que de condamner collectivement.
Un signal pour les influenceurs et les artistes
Ce jugement constitue un signal fort adressé à tous ceux qui occupent l’espace public numérique. Dans un univers où une publication peut toucher des milliers de personnes en quelques minutes, la frontière entre expression, accusation et diffamation devient un terrain judiciaire de plus en plus sensible.
Hadya Bandirou sort du tribunal condamnée mais libre, tandis que Saad et SopraAlpha quittent l’audience blanchis. Trois protagonistes, trois trajectoires judiciaires différentes, et une certitude : en Guinée, les réseaux sociaux ne sont plus seulement un espace d’influence, ils sont désormais un espace de responsabilité.
Saliou Keita





































