REPORTAGE – KINDIA. Il est un peu plus de midi lorsque les premiers fidèles convergent vers la nouvelle mosquée de Condéta 3. Le soleil de juillet tombe à la verticale sur la cité des agrumes. La chaleur est écrasante. Sous un ciel d’un bleu éclatant, malgré les ombres des arbres, les visages ruissellent de sueur. Pourtant, personne ne semble vouloir manquer ce rendez-vous que les habitants qualifient déjà d’historique.
Hommes en grands boubous immaculés, femmes drapées dans leurs plus beaux pagnes, enfants courant d’un groupe à l’autre, autorités religieuses, sages du quartier et curieux se pressent devant l’édifice flambant neuf. Les salutations fusent, les poignées de main s’enchaînent et les invocations religieuses couvrent, par moments, le brouhaha de la foule.
À Condéta 3, l’inauguration de cette nouvelle mosquée dépasse largement la simple ouverture d’un lieu de culte. Elle est vécue comme l’aboutissement d’une aspiration collective : celle de disposer d’un espace digne pour les prières, les enseignements religieux et les grandes célébrations islamiques.
Au fil des minutes, la cour de la mosquée se remplit. Les plus âgés trouvent refuge sous les tentes installées par les organisateurs, tandis que les plus jeunes restent debout, malgré la chaleur accablante. Tous les regards convergent vers celui qui est à l’origine de cette réalisation : Elhadj Sylla Aboucar, président de l’Union des Forces du Changement (UFC).
Lorsque celui-ci prend la parole, bien sûr après la prière du vendredi, l’émotion est perceptible. Sa voix laisse transparaître la satisfaction de voir plusieurs années d’efforts se concrétiser.
« Aujourd’hui est un jour de bonheur pour moi. C’est un rêve qui devient enfin réalité. Je remercie les populations de Kindia ainsi que toutes les personnes qui m’ont accompagné dans cette œuvre. Seul, je n’aurais jamais pu réaliser un tel projet », confie-t-il devant un parterre de journalistes et une assistance attentive.
À plusieurs reprises dans son discours, il insiste sur le caractère collectif de cette réalisation, rendant hommage aux nombreuses personnes qui, selon lui, ont contribué moralement à l’édification de la mosquée.
« Cet investissement appartient à toute la communauté. Beaucoup de personnes m’ont encouragé à poursuivre cette voie afin d’offrir à Condéta 3 une mosquée digne de ce nom. Aujourd’hui, c’est une satisfaction partagée », poursuit-il.
Au-delà des briques, du béton et du minaret qui domine désormais le quartier, Elhadj Sylla Aboucar voit dans cette construction un symbole appelé à traverser les générations.
« Je souhaite que cette maison de Dieu soit un symbole de paix, de foi et de cohésion sociale pour toute la population de Kindia. C’est autour des valeurs de solidarité, de dialogue et de fraternité que nous devons bâtir notre avenir », lance-t-il.
Autour de lui, plusieurs fidèles ne cachent pas leur émotion. Beaucoup racontent qu’il y a, bien sûr, de belles mosquées à Kindia et surtout à Condéta 3, mais que celle-là est, elle aussi, un modèle. Ils estiment qu’une telle mosquée encourage à la prière même ceux qui ne prient pas régulièrement
« Nous avions besoin d’un lieu comme celui-ci. Ce n’est pas seulement un bâtiment, c’est un espace où nos enfants pourront apprendre leur religion et où les familles pourront se retrouver », explique un fidèle rencontré dans la cour de la mosquée, le regard tourné vers le minaret.
Un autre habitant souligne que cette réalisation constitue également un facteur d’unité pour le quartier.
« Quand une mosquée est construite, ce sont les liens entre les habitants qui se renforcent. Les gens se parlent davantage, s’entraident et se retrouvent autour des mêmes valeurs. »
Sous la chaleur persistante, les autorités religieuses se succèdent pour adresser des bénédictions aux initiateurs du projet et appeler les fidèles à préserver ce patrimoine communautaire. Des versets coraniques sont récités dans un silence empreint de recueillement, avant que les mains ne se lèvent vers le ciel pour implorer la paix, la prospérité et la stabilité de Kindia et de toute la Guinée.
L’atmosphère alterne entre spiritualité et convivialité. Des groupes se forment autour des anciens ; les conversations portent autant sur la beauté de l’édifice que sur l’importance de transmettre les valeurs religieuses aux plus jeunes. Les enfants, eux, découvrent avec curiosité les différents espaces de cette nouvelle mosquée, pendant que les adultes immortalisent l’événement à l’aide de leurs téléphones.
À mesure que le soleil commence lentement sa descente, la foule peine à se disperser. Beaucoup prennent encore le temps de visiter les lieux, d’échanger quelques mots avec les responsables religieux ou de féliciter les artisans ayant participé au chantier.

Pour les habitants de Condéta 3, cette journée restera gravée dans les mémoires. Parce qu’elle marque l’ouverture d’un nouvel espace de prière, mais aussi parce qu’elle rappelle qu’au-delà des différences sociales ou politiques, certains projets ont le pouvoir de rassembler toute une communauté autour d’une même espérance.
Sous le soleil de plomb qui a accompagné cette inauguration, la nouvelle mosquée de Condéta 3 s’impose déjà comme un nouveau repère spirituel. Plus qu’un bâtiment, elle devient le symbole d’un engagement collectif, d’une foi partagée et de la volonté de faire de la religion un facteur de paix et de cohésion sociale au cœur de Kindia.
Alpha Amadou Diallo





































