Chaque année, les examens nationaux sont présentés comme le grand rendez-vous du mérite. Chaque année aussi, ils rappellent une autre réalité : celle d’une lutte sans fin entre l’école et la triche. Le Baccalauréat unique 2026 n’a pas échappé à cette règle. Derrière les félicitations officielles saluant le bon déroulement global des épreuves se cache un constat plus dérangeant : la fraude continue de gangrener le système éducatif guinéen.
Les chiffres publiés quotidiennement par le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation sont sans appel. Téléphones portables, montres connectées, dispositifs Bluetooth, réseaux WhatsApp organisés, surveillants complices, candidats exclus… La fraude n’est plus le fait de quelques élèves isolés. Elle s’est professionnalisée, structurée et adaptée aux nouvelles technologies.
De Conakry à Boké, de Forécariah à Kankan, de Siguiri à N’Zérékoré, les mêmes méthodes se répètent. À Boké, les autorités annoncent même l’arrestation du cerveau présumé d’un vaste réseau de fraude numérique. À Forécariah, vingt-trois personnes sont interpellées. À Siguiri, ce sont des centaines de téléphones qui sont saisis. Ces chiffres traduisent moins une succession d’incidents qu’un véritable système parallèle qui cherche à contourner les règles de l’évaluation.
Pourtant, au milieu de ce tableau peu reluisant, une région se démarque : la Moyenne-Guinée. Aucun cas de fraude, aucun candidat exclu, aucun surveillant sanctionné, aucune saisie d’appareils électroniques. Un bilan qui interpelle autant qu’il mérite d’être salué.
Faut-il y voir le résultat d’une meilleure organisation des centres d’examen ? D’une discipline plus rigoureuse ? D’une implication plus forte des encadreurs ou d’une plus grande responsabilité des candidats ? Sans doute un peu de tout cela. Une chose est certaine : cette région démontre qu’il est possible d’organiser des examens sans que la fraude ne devienne la règle.
Ce contraste devrait inspirer les décideurs. Car le véritable enjeu dépasse largement les statistiques de fin de session. Il touche à la crédibilité du diplôme guinéen. Un baccalauréat obtenu dans la tricherie n’est pas seulement une injustice envers les candidats honnêtes ; il fragilise tout le système éducatif et hypothèque la confiance des universités, des employeurs et de la société tout entière.
Le ministère peut, à juste titre, se réjouir d’avoir multiplié les contrôles et démantelé plusieurs réseaux. Les nombreuses saisies et les exclusions témoignent d’une vigilance accrue. Mais ces sanctions, aussi nécessaires soient-elles, ne régleront pas à elles seules un mal devenu profond. La répression doit désormais être accompagnée d’un travail de fond : restaurer la culture du mérite, responsabiliser davantage les surveillants, sensibiliser les élèves et faire comprendre que réussir par la fraude revient, à terme, à échouer dans la vie.
Le Bac 2026 laisse donc une double leçon. D’un côté, il révèle l’ampleur d’un phénomène qui continue de miner l’école guinéenne. De l’autre, il prouve, grâce à l’exemple de la Moyenne-Guinée, qu’une autre réalité est possible.
La véritable victoire ne résidera pas dans le nombre de téléphones saisis ou de candidats exclus. Elle viendra le jour où aucun réseau WhatsApp, aucun dispositif Bluetooth et aucune complicité ne pourront rivaliser avec la seule arme qui devrait ouvrir les portes de l’université : le mérite.
Amadou Diallo





































