Dans une lettre ouverte au président de la République, Amadou Diouldé Diallo salue l’injonction faite aux ministres de sortir de leurs bureaux pour aller à la rencontre des réalités de l’intérieur du pays. S’appuyant sur son parcours de « fils de la Guinée profonde » et sur les expériences de gouvernance territoriale du passé, il invite le chef de l’État à faire de l’ancrage territorial un véritable critère de promotion des cadres. Pour lui, redonner toute sa place au « pays profond » permettrait de désengorger Conakry, de corriger certaines injustices et de replacer les populations rurales au cœur du développement national.
Bonjour Monsieur le Président Mamadi Doumbouya, je me mets à table pour la première fois, pour vous écrire parce que l’acte que vous venez de poser, me touche et me réconforte à plus d’un titre. Comme le disait Abdou Diouf à la passation des charges avec le Poète Président Léopold Sedar Senghor, citation: « Monsieur le Président, vous voici rendu à vous-même, au plus profond de vous-même, au Royaume de la Parole et de la Plume qui vous a rendu Prince ». Fin de citation. Appliquée à moi, je vous dirais, que vous venez de me rendre à moi-même.
En ce jour historique du 5ème anniversaire du 5 Septembre, j’ai été particulièrement marqué, par les cinq exigences à vos Ministres lors du dernier conseil des ministres. Et plus encore, par la dernière qui leur fait obligation, de quitter le confort de leur bureau, pour le toit de chaume du paysan et de l’éleveur à l’intérieur du pays. Vous avez bien noté intérieur du pays, d’où nous venons tous et où, peu d’entre nous se rendent, une fois bien installés à Conakry, parfois même en y errant, dans la promiscuité et la pauvreté, à la merci des moustiques, des maladies, et de la faim. Conakry notre capitale, la porte aérienne et océane de la République de Guinée, se surpeuple alors que l’intérieur du pays, se vide de toutes ses ressources à la fois humaines et naturelles, sans que les politiques ne parviennent, à inverser la tendance depuis 1985.
C’est pourquoi, je salue cette exigence du Président Mamadi Doumbouya et vous propose, des pistes de solutions inspirées de la politique du PDG et en m’appuyant sur mon propre exemple.
En effet, je suis né, grandi et étudié à l’intérieur du pays au gré des affectations de mon père qui était Garde Républicain, un ancien de la Guerre d’Indochine dont il fut Récipiendaire de la Médaille de Guerre Coloniale Agrafe Extrême-Orient, pour ses exploits militaires sur les différents fronts.
Je n’ai découvert Conakry, que pour les deux dernières années de mes études universitaires ( 79- 80).
Et pourtant, comme tous les Guinéens de l’époque, je n’ai manqué de rien à l’intérieur du pays parce que, la politique du PDG reposait, sur un développement cubique et non pyramidal.
De Conakry à Yomou, tout le pays était pris en compte de la même manière, tout le monde, était soumis au même traitement, tous égaux, devant les sanctions positives ou négatives. Les meilleurs qui s’étaient distingués par leur utilité sociale, étaient récompensés par des promotions politiques et administratives, des bourses, des voyages à l’étranger aussi bien pour les sportifs que les artistes venant de l’intérieur du pays, étaient offerts.
Tout le pays était encadré de manière à ce que de la base au sommet, des inspecteurs politiques étaient sur le terrain, aux côtés des populations pour s’enquérir, de leurs problèmes et les remonter directement et automatiquement, à la hiérarchie supérieure pour apporter des solutions immédiates à la satisfaction de tous.
Nul besoin, de faire partie des visiteurs de nuit des décideurs du jour, ou de suer sang et eau en usant les semelles de vos chaussures, CV sur l’aisselle, costume froissé, à emprunter les rues de Conakry et ses bureaux, coincé dans des taxis bondés et dans des embouteillages monstres, pour avoir un arrêté ou un décret. Loin s’en faut.
Votre travail sur place à l’intérieur du pays, vous les donnait dès lors, que vous le méritez car, vous êtes évalué.
Le Président Ahmed Sekou Touré lui-même, ne faisait pas six mois à Conakry, sans se rendre partout à l’intérieur du pays.
Je peux prendre pour exemple, Gaoual où j’ai vécu avec mon père en service, de Mai 70 à Septembre 76, élève, pionnier, reporter en herbe, il y a séjourné quatre fois, non pas de passage mais en y passant des nuits et en partageant, le plat à la main s’il vous plaît, même avec le fou et malvoyant, Sanfadji Keita qu’il installa en position Ambassadeur dans la voiture du Gouverneur de Région Lama Doré à l’époque, en faisant le protocole, en lui ouvrant la portière pour le ramener » chez lui au marché ».
Monsieur le Président, c’est à partir de leur travail reconnu à l’intérieur du pays, que de nombreux cadres (plus que ceux de Conakry), ont bénéficié de promotions allant de Gouverneurs à Ministres ou Ambassadeurs.
Je peux citer, les Secrétaires Fédéraux de Gaoual, Koundara, Mali, et Kankan Elhadj Amadou Binani Diallo Gouverneur de Yomou, Dalaba et Mali, Tyala Gobaye Mountaye de Tougue, Mama Tounkara Ministre de la Jeunesse et des Sports (le Ministre du Triplé du Hafia fc de Conakry en 77), Aminata Mady Kaba, Gouverneur de Dalaba qui auparavant, avait conduit, la délégation Guinéenne aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968. La liste est longue.
Monsieur le Président, inspirez-vous, de ce bel exemple du Président Ahmed Sekou Toure, et de la politique du PDG pour donner la priorité absolue, des nominations aux emplois civils et militaires, aux cadres qui se seront investis pleinement à l’intérieur du pays.
Ce serait une bonne manière de réparer des injustices, de désengorger la capitale, et de redonner au pays profond toute sa vitalité et tout son poids de tous ordres, dans le développement socio-économique de notre pays.
En effet, la Guinée ne saurait se résumer à Conakry, ses folles rumeurs, ses marchands d’illusions et de décrets qui pour la plupart, juste pour détourner l’argent public en narguant les autres qu’ils considèrent même, comme des maudits. Orgueilleux, suffisants, avares, prétentieux, méprisants, haineux parfois, ils le sont, ces cadres qui roulent dans des carrosses, et vivent dans des châteaux avec l’argent du contribuable, qui ne franchissement même pas le km 36, mais qui sont toujours, en première classe des avions pour aller se la couler douce en Europe, aux États-Unis et au Canada, où sont royalement installées, leurs familles. Ils pompent l’argent du contribuable Guineen pour les nourrir, et les entretenir, aux petits soins.
Monsieur le Président, je suis né à Telimele, j’ai grandi à Mamou, Macenta, Koyama, Zappa, Pita, Boffa, Koba-Tatema, Kindia, Bangouya, Sougueta, Dalaba et Gaoual.
Études supérieures à Koundara (Faculté d’agronomie pour trois mois seulement), Poly kankan et Poly Conakry.
Je suis de fait, un fils de la Guinée profonde, de cet hinterland béni. Et je souhaiterais vivement y retourner pour montrer, qu’une autre Guinée est possible en m’inspirant tout naturellement, de la politique du PDG en matière de Gouvernance Territoriale.
C’est pourquoi, du haut de mes 71 ans, j’accueillerai favorablement non sans fierté, un décret me nommant Préfet de Telimele, Gaoual ou Koundara pour la simple raison que pour un début, cet environnement est celui où je peux aller chercher le fagot de bois mort dans la forêt de souvenirs pour me réchauffer.
Avec la politique du PDG comme livre de chevet, je vous promets six mois pour faire la différence.
Encore une fois, merci pour cette exigence capitale de prise en compte de l’intérieur du pays, chez nous tous.
source: guinee114.com







































