Devant l’hémicycle du Conseil national de la transition, l’annonce a pris des allures de virage stratégique. Ce mardi 14 avril, Alpha Bacar Barry n’est pas venu défendre une simple réforme éducative. Il est venu esquisser une nouvelle vision : faire de l’école un levier direct de production.
Dans la cour, entre responsables administratifs et cadres du système éducatif, le message est clair : la Guinée s’apprête à se doter de quatre lycées agricoles d’un genre nouveau. Des établissements pensés non plus seulement comme des lieux d’apprentissage, mais comme de véritables centres de production et d’innovation.
Cette annonce s’inscrit dans le prolongement de l’accord validé par le CNT avec la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO. Une étape décisive qui donne corps à une ambition plus large, celle du programme Simandou 2040 : transformer l’économie en s’appuyant sur des compétences locales solides.
Sur le papier, le projet impressionne par son ampleur. Dans ces futurs lycées, les salles de classe côtoieront des laboratoires spécialisés TIC, sciences des sols, biologie mais aussi des ateliers de machinisme agricole et des unités de transformation. Le maïs, le riz et le soja ne seront pas seulement étudiés, ils seront produits, transformés, valorisés.
À cela s’ajoutent des dispositifs qui témoignent d’une volonté d’innovation : biogaz, compostage, élevage avicole. À Macenta, l’ancrage local se précise encore davantage avec des filières ciblées comme la pisciculture, le café ou encore le manioc, en lien direct avec les réalités économiques de la région.
Sur le terrain, cette approche suscite autant d’intérêt que d’interrogations. « Former pour produire », insiste le ministre. Les cursus, prévus sur trois ans, couvriront un large éventail de spécialités : sciences agricoles, élevage, machinisme, transformation agroalimentaire, pêcherie. L’objectif affiché est sans détour : former des jeunes immédiatement opérationnels, capables de s’insérer rapidement sur le marché du travail.
Mais au-delà des annonces, c’est une certaine idée de l’école qui est en jeu. Une école qui ne se limite plus à transmettre des connaissances, mais qui fabrique des compétences directement utiles à l’économie nationale.
Dans les échanges en marge de la rencontre, certains observateurs y voient un pari nécessaire dans un pays où le chômage des jeunes reste une préoccupation majeure. D’autres s’interrogent déjà sur les conditions de mise en œuvre : équipements, encadrement, financement durable.
Quoi qu’il en soit, l’initiative traduit une orientation politique assumée. En misant sur l’agriculture comme pilier de formation, l’État guinéen cherche à renforcer sa souveraineté alimentaire tout en modernisant un secteur longtemps resté en marge des politiques éducatives.
Avant de quitter les lieux, Alpha Bacar Barry a tenu à saluer l’engagement du président Mamadi Doumbouya, qu’il présente comme un moteur de cette transformation.
Reste désormais à passer du discours aux champs. Car c’est bien là, au contact de la terre, que se jouera le véritable test de cette école nouvelle génération.
Abdoul Chaolis Diallo


































