L’année 2025 restera comme un exercice politique sous haute tension pour l’Afrique. Une année où l’on a beaucoup voté, mais souvent mal. Une année où l’on a parlé d’élections, mais trop peu d’alternance. Une année, surtout, où la démocratie a semblé plier sous la banalisation assumée de la loi du plus fort.
Sur le papier, le continent a vécu un moment démocratique intense : près d’une dizaine d’élections présidentielles organisées. Dans la réalité, ces scrutins ont davantage ressemblé à des formalités verrouillées qu’à de véritables compétitions politiques. Contestations, violences, exclusions d’opposants, arrestations préventives et scores soviétiques ont rythmé une séquence électorale marquée par la peur plus que par l’espoir.
Au Cameroun, Paul Biya, 92 ans, s’est offert un huitième mandat consécutif. Une victoire sans suspense, mais non sans colère. Dans les rues, la contestation a rappelé que la longévité politique, lorsqu’elle devient éternité, finit par user la patience des peuples. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a rempilé pour un quatrième mandat, dans un scrutin amputé de ses principaux adversaires. Là encore, l’urne a parlé, mais dans un silence imposé.
La Tanzanie, longtemps présentée comme un îlot de stabilité relative, a choqué. Samia Suluhu Hassan y a été proclamée réélue avec 98 % des suffrages, au terme d’une campagne endeuillée par une violence inédite. L’opposition évoque plus d’un millier de morts. Un chiffre glaçant, qui interroge le prix réel de ces victoires écrasantes.
Plus inquiétant encore, 2025 aura confirmé une tendance lourde : la transformation des transitions militaires en pouvoirs durables. En Guinée, le général Mamadi Doumbouya a converti quatre années de transition en légitimité électorale. Au Gabon, Brice Oligui Nguema, tombeur de la dynastie Bongo, a remporté la présidentielle avec près de 95 % des voix. Des scrutins qui, loin de clore les parenthèses militaires, les ont institutionnalisées.
Ailleurs, le scénario a été plus brutal. En Guinée-Bissau, les militaires ont interrompu le processus électoral en plein vol, balayant d’un revers de force la volonté populaire. Tentative de coup d’État au Bénin, pouvoir militaire à Madagascar après une éviction par la rue : au total, huit pays africains sont désormais dirigés par des hommes en uniforme.
Pour le chercheur Gilles Yabi, président du think tank Wathi, le constat est sans appel : 2025 illustre un affaissement préoccupant de la démocratie et de l’État de droit. Les régimes en place, solidement installés, n’hésitent plus à recourir à la répression, aux arrestations massives et à l’exclusion méthodique des opposants pour conserver le pouvoir. La loi du plus fort ne se cache plus, elle s’assume.
Ce climat africain, souligne-t-il, s’inscrit dans un contexte mondial peu inspirant. Entre des États-Unis secoués par l’affaiblissement de leurs institutions et une Chine au parti unique, le signal envoyé à la planète est mauvais. Le mépris du droit international et des règles démocratiques devient contagieux. L’Afrique n’y échappe pas. Elle en subit, parfois, les formes les plus brutales.
Au terme de cette année politique agitée, une certitude s’impose : la démocratie africaine n’est pas morte, mais elle est sous perfusion. Et tant que la force primera sur le droit, tant que l’uniforme pèsera plus lourd que le bulletin, les urnes continueront de produire des vainqueurs sans vaincus… et des peuples sans voix.
Algassimou L Diallo avec Rfi





































