Les fortes pluies qui se sont abattues sur Conakry dans la journée du mercredi 15 juillet 2026 ont une nouvelle fois révélé les conséquences dramatiques de l’urbanisation anarchique et du non-respect des règles de construction. Entre pertes en vies humaines et habitations menacées d’effondrement, la capitale paie le prix d’années de négligence, tant des autorités que de certains citoyens.
À Tanènè Mosquée, dans la commune urbaine de Gbessia, une fillette de sept ans, identifiée sous le nom d’Aïssatou Camara, a été emportée par les eaux de ruissellement alors que les pluies diluviennes transformaient les rues en véritables torrents. Ce drame rappelle la vulnérabilité de nombreux quartiers où les ouvrages d’assainissement sont insuffisants ou inexistants.
Dans le même temps, à Lansanaya Takoui, dans le secteur Palmer, le sol s’est affaissé sous plusieurs habitations. Un important éboulement a été enregistré, laissant craindre un effondrement imminent de plusieurs concessions construites sur des terrains instables. Des familles vivent désormais dans l’angoisse, contraintes de quitter leurs logements ou d’attendre une éventuelle intervention des autorités.
Au-delà des intempéries, ces événements mettent en lumière une réalité bien connue : la mauvaise qualité de nombreuses constructions et l’occupation désordonnée des zones à risques. À Conakry, des habitations continuent d’être érigées sur des flancs de collines fragiles, dans des bas-fonds inondables ou à proximité des ravins, souvent sans études géotechniques ni autorisations conformes.
La responsabilité des autorités est indéniable. Pendant des années, le manque de contrôle dans la délivrance des permis de construire, l’absence d’aménagement urbain cohérent et le laxisme face aux constructions illégales ont favorisé cette situation. Les réseaux de drainage restent largement insuffisants pour une ville en pleine expansion.
Cependant, il serait incomplet de faire porter toute la responsabilité aux seuls pouvoirs publics. Malgré les multiples alertes lancées chaque saison des pluies, certains habitants choisissent volontairement de construire ou de s’installer dans des zones identifiées comme dangereuses, privilégiant parfois la proximité de la ville ou le faible coût du terrain au détriment de leur propre sécurité. Cette imprudence expose non seulement leurs familles, mais complique également les opérations de secours lors des catastrophes.
Chaque hivernage apporte son lot de victimes, de maisons détruites et de familles endeuillées. Pourtant, les mêmes erreurs se répètent. La prévention ne peut reposer uniquement sur l’État : elle exige aussi une prise de conscience collective. Respecter les règles d’urbanisme, refuser de bâtir sur des sites dangereux et préserver les caniveaux de toute occupation ou obstruction sont des gestes essentiels pour limiter les risques.
Le drame de la petite Aïssatou Camara et les éboulements de Lansanaya constituent un nouvel avertissement. Si les autorités doivent renforcer les contrôles, accélérer les opérations d’assainissement et sanctionner les constructions illégales, les citoyens doivent également accepter que certains espaces ne sont tout simplement pas habitables. Car face à la nature, l’imprudence finit souvent par coûter des vies.
Alpha Amadou Diallo





































