GÉOPOLITIQUE – Deux des plus importantes voies maritimes du monde sont désormais au cœur des inquiétudes internationales. Alors que le détroit d’Ormuz est paralysé de fait dans un contexte d’escalade militaire entre Washington et Téhéran, les rebelles houthis du Yémen ont annoncé lundi 20 juillet un « embargo maritime » visant les navires saoudiens dans le détroit de Bab el-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge.
Cette menace fait craindre un scénario inédit : la mise sous pression simultanée de deux passages stratégiques par lesquels transitent une part essentielle des échanges énergétiques et commerciaux mondiaux.
Les Houthis, alliés de l’Iran, justifient cette décision par ce qu’ils qualifient de « siège injuste » imposé au Yémen par l’Arabie saoudite depuis plusieurs années. Leur porte-parole militaire Yahya Saree a affirmé que cette mesure constituait une réponse au blocage des zones contrôlées par le mouvement yéménite.
Riyad a immédiatement condamné cette annonce, alors que les conséquences d’une perturbation prolongée de Bab el-Mandeb pourraient dépasser largement le cadre régional.
Selon des experts en sécurité maritime, un blocage simultané d’Ormuz et de Bab el-Mandeb constituerait une véritable pression stratégique sur le Golfe persique. Le détroit d’Ormuz est l’une des principales routes d’exportation du pétrole et du gaz du Moyen-Orient, tandis que Bab el-Mandeb relie la mer Rouge au canal de Suez, axe majeur du commerce entre l’Asie et l’Europe.
Pour l’Arabie saoudite, le risque est particulièrement élevé. Une partie de ses exportations pétrolières, estimée à environ 2,5 millions de barils par jour, pourrait être affectée si la circulation maritime dans cette zone devenait trop dangereuse.
Au-delà du secteur énergétique, une fermeture de fait de Bab el-Mandeb pourrait provoquer une flambée des coûts du transport maritime, une hausse des assurances et d’importantes perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce détroit voit habituellement transiter près de 12 % du commerce mondial, notamment les flux de conteneurs reliant l’Asie et l’Europe.
Les précédents récents montrent que la menace suffit parfois à désorganiser le trafic. Lors des tensions liées à la guerre à Gaza, plusieurs grandes compagnies maritimes avaient déjà évité la mer Rouge en raison des attaques houthis contre des navires, entraînant des détours par le cap de Bonne-Espérance et un allongement considérable des délais de livraison.
Les spécialistes estiment toutefois que les Houthis n’auraient pas nécessairement besoin de fermer totalement Bab el-Mandeb. Des attaques ciblées, des menaces régulières et l’instauration d’un climat d’insécurité pourraient suffire à pousser les armateurs à modifier leurs itinéraires.
Cette nouvelle escalade marque également un retour au premier plan de l’alliance stratégique entre les Houthis et Téhéran. Si l’Iran apporte un soutien technologique et stratégique au mouvement yéménite, les Houthis conservent une marge d’autonomie dans le choix de leurs opérations.
Face à cette situation, l’Arabie saoudite pourrait renforcer rapidement ses dispositifs de défense maritime et aérienne, tout en privilégiant les voies diplomatiques pour éviter une crise plus large.
Alors que les marchés internationaux observent avec inquiétude l’évolution de la situation, une question demeure : la Méditerranée, la mer Rouge et le Golfe persique pourraient-ils devenir les nouveaux fronts d’une confrontation aux conséquences économiques mondiales ?
Avec France24






































