L’Afrique de l’Ouest n’est plus un simple corridor pour les trafiquants de drogue. La région s’impose désormais comme un carrefour majeur du narcotrafic mondial.
En 2025, près de 30 % de la cocaïne destinée à l’Europe aurait transité par l’Afrique de l’Ouest. Une progression spectaculaire par rapport à la situation observée il y a une dizaine d’années.
Une route de la cocaïne en pleine mutation
La position géographique de l’Afrique de l’Ouest explique en partie cette évolution. La région se trouve entre l’Amérique du Sud, principale zone de production, et l’Europe, important marché de consommation.
Sa vaste façade atlantique complique également les opérations de surveillance.
Cependant, les itinéraires évoluent. Depuis 2023, certains embarquements se déplacent du Brésil vers le Suriname et le Guyana.
Du côté de la réception, les réseaux semblent privilégier davantage l’axe allant du Ghana au Sénégal. La Sierra Leone gagne également en importance depuis 2025.
Une saisie spectaculaire illustre cette évolution. Le 1er mai 2026, une importante cargaison a été interceptée au large du Sahara occidental, près de Dakhla.
Le navire, battant pavillon comorien, avait été chargé à Freetown, en Sierra Leone. Il devait ensuite rejoindre Benghazi, en Libye.
Cette opération montre que les itinéraires du narcotrafic peuvent désormais relier l’Atlantique à la Méditerranée orientale, en passant par l’Afrique du Nord.
Les ports au cœur du dispositif
Les réseaux criminels exploitent également les circuits commerciaux légaux.
Le trafic conteneurisé en Afrique de l’Ouest a fortement progressé ces dernières années. Les capacités de contrôle douanier n’auraient toutefois pas suivi le même rythme.
Cette situation permet aux trafiquants de dissimuler des cargaisons de drogue au milieu des marchandises légales.
Le corridor terrestre sahélien reste lui aussi actif. Dakar constitue notamment un point stratégique pour l’acheminement de marchandises vers les pays enclavés, dont le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Les saisies réalisées ces dernières années témoignent de l’ampleur du phénomène. Plus d’une tonne de cocaïne avait notamment été interceptée en 2024 à la frontière malienne.
Des réseaux criminels de plus en plus diversifiés
Le narcotrafic ouest-africain ne repose plus uniquement sur les grands cartels sud-américains.
Les réseaux se diversifient et s’entrecroisent. Des groupes criminels des Balkans, des organisations brésiliennes, des mafias européennes et des acteurs locaux participent à cette économie clandestine.
Cette internationalisation s’accompagne d’une implantation croissante des trafiquants dans certains pays de la région.
Selon l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (GI-TOC), les revenus du trafic de drogue alimentent également la corruption dans plusieurs États ouest-africains.
Cette réalité complique les efforts de lutte contre le phénomène. Elle pose aussi la question des liens entre criminalité organisée, fragilisation des institutions et instabilité politique.
La production locale de drogues inquiète
Autre évolution préoccupante : l’Afrique de l’Ouest ne serait plus uniquement une zone de transit.
Des laboratoires locaux produisent désormais certaines drogues de synthèse. Cette évolution traduit une transformation profonde du marché régional.
Le phénomène du kush en constitue l’un des exemples les plus préoccupants.
Le kush, une crise sanitaire qui prend de l’ampleur
Apparu dans plusieurs pays de la région entre 2016 et 2022, le kush s’est rapidement propagé en Sierra Leone, au Liberia, en Guinée, en Gambie, en Guinée-Bissau et au Sénégal.
Cette drogue de synthèse peut contenir différents produits particulièrement dangereux. Des analyses ont notamment identifié des nitazènes, des opioïdes de synthèse extrêmement puissants.
Selon les données citées dans le document, plus de la moitié des échantillons analysés contiennent des nitazènes. Certains seraient importés de Chine, des Pays-Bas et probablement du Royaume-Uni.
Face aux conséquences sanitaires, la Sierra Leone et le Liberia ont déclaré l’état d’urgence sanitaire en avril 2024.
La situation met également en évidence les difficultés rencontrées par les autorités pour lutter contre le trafic et la consommation.
Un problème qui dépasse désormais les frontières
Le narcotrafic ne constitue plus uniquement une menace liée à l’acheminement de drogue vers l’Europe.
L’Afrique de l’Ouest devient elle-même un marché de consommation important. Le rapport 2025 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) fait notamment état d’une prévalence du cannabis d’environ 10 % chez les 15-64 ans en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Le rapport relève également un usage détourné d’opioïdes pharmaceutiques ainsi qu’une progression des saisies de cocaïne sur le continent.
La lutte ne peut pas être uniquement sécuritaire
La position géographique de l’Afrique de l’Ouest facilite le développement des routes de la drogue. Mais elle ne suffit pas à expliquer leur ampleur.
La faiblesse des contrôles portuaires, la corruption et les complicités au sein de certains appareils constituent également des facteurs déterminants.
Par ailleurs, la demande locale progresse. Le phénomène touche particulièrement une jeunesse confrontée à de fortes difficultés économiques et sociales.
Le narcotrafic apparaît donc désormais comme un enjeu de sécurité, mais aussi de santé publique, de gouvernance et de développement.
Les saisies record ne suffiront pas à elles seules à inverser la tendance. Pour affaiblir durablement les réseaux, les États devront également s’attaquer aux circuits de corruption et aux facteurs sociaux qui alimentent la demande.
L’Afrique de l’Ouest risque, sans une réponse globale, de rester durablement au cœur des routes mondiales de la drogue.
Source: www.media28.sn







































