Lorsqu’un ministre de la Justice reconnaît publiquement que son département souffre d’un manque criant de personnel, il ne s’agit pas d’un simple constat administratif. C’est l’aveu d’une fragilité structurelle qui touche l’un des piliers de l’État de droit. En révélant que la Guinée ne dispose que d’environ 300 greffiers pour une population estimée à près de 18 millions d’habitants, Ibrahima Sory II Tounkara met en lumière une réalité longtemps connue des professionnels du secteur, mais rarement exposée avec autant de franchise.
Le lancement du concours de recrutement de 100 élèves-greffiers, ce week-end, constitue sans doute une réponse concrète à cette pénurie. Plus de 1 600 candidatures ont été enregistrées, dont 1 323 ont été retenues pour les épreuves écrites. Ce chiffre témoigne de l’intérêt des jeunes pour les métiers de la justice, mais surtout de l’ampleur des attentes placées dans une administration appelée à se renforcer.
Le garde des Sceaux inscrit cette initiative dans la dynamique de modernisation du service public de la justice impulsée par le président de la République, le général Mamadi Doumbouya. L’objectif affiché est clair : doter les juridictions de ressources humaines capables de répondre aux exigences d’une justice plus rapide, plus efficace et plus crédible.
Mais la question dépasse largement le recrutement de cent nouveaux greffiers. Si ces futurs agents contribuaient à soulager des tribunaux souvent débordés, ils ne combleraient qu’une partie d’un déficit accumulé depuis plusieurs années. Une justice ne peut fonctionner correctement lorsque les greffes, véritables chevilles ouvrières des juridictions, manquent d’effectifs pour assurer l’enregistrement des dossiers, la conservation des actes, le suivi des procédures et l’exécution des décisions.
Les conséquences de cette insuffisance sont connues : lenteur des procédures, accumulation des dossiers, retards dans la délivrance des décisions et, parfois, découragement des justiciables. Dans un contexte où les citoyens réclament une justice plus accessible et plus performante, le renforcement des ressources humaines apparaît comme une priorité nationale.
En affirmant que ce recrutement ne sera pas un acte isolé, Sory II Tounkara ouvre la voie à une politique de recrutement régulier. Cette perspective est essentielle. La modernisation de la justice ne peut reposer uniquement sur la construction d’infrastructures ou la numérisation des services. Elle passe d’abord par des femmes et des hommes suffisamment nombreux, bien formés et répartis sur l’ensemble du territoire.
Le défi est désormais de transformer cette prise de conscience en stratégie durable. Car une justice forte ne se construit pas uniquement à travers les textes de loi ou les discours officiels ; elle repose avant tout sur des institutions capables de répondre, chaque jour, aux attentes des citoyens.
Le concours des 100 élèves-greffiers constitue un signal encourageant. Il appartient désormais aux pouvoirs publics de poursuivre cet effort afin que le déficit dénoncé par le ministre devienne, demain, un mauvais souvenir plutôt qu’une réalité persistante.
Saliou Keita





































