La Guinée franchit un nouveau cap dans la sauvegarde et la valorisation de son patrimoine culturel. Au Musée national de Sandervalia, à Conakry, la clôture du chantier des collections et des activités de numérisation du projet « Musée virtuel de Guinée » ouvre une nouvelle page pour la conservation, la transmission et le rayonnement de la mémoire nationale.
Une cérémonie à la fois solennelle et symbolique s’est tenue ce mercredi 16 septembre au Musée national de Guinée. Pendant plusieurs mois, des professionnels issus de différentes institutions culturelles du pays ont travaillé à inventorier, documenter, conserver et numériser une partie des collections nationales.
Porté dans le cadre de la coopération entre la Guinée et la France, avec un financement du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et une mise en œuvre assurée par Expertise France, le projet « Musée virtuel de Guinée » entend rapprocher le patrimoine des Guinéens, notamment des jeunes, de la diaspora et des visiteurs étrangers.
Des objets du musée à portée de clic
Derrière cette initiative se trouve une ambition claire : utiliser les technologies numériques pour donner une nouvelle vie aux collections conservées dans les institutions culturelles guinéennes.
Ida El Majdoubi, cheffe du projet Musée virtuel, a expliqué que la plateforme ne se limite pas à reproduire les collections existantes. Elle doit également permettre de raconter l’histoire et les pratiques culturelles associées aux objets.
Photographies, vidéos, contenus audio et objets numérisés en 3D constituent déjà les premières composantes de cette plateforme. À cela s’ajouteront progressivement des contenus consacrés au patrimoine immatériel, notamment les rites et traditions des communautés auxquels sont liés certains objets.
Le projet prévoit également la production de contes audio, de spectacles de danse ou d’humour, voire d’un jeu vidéo inspiré des masques conservés au Musée national.
Pour Ida El Majdoubi, l’enjeu est double : faire découvrir le patrimoine aux jeunes Guinéens et permettre aux touristes ainsi qu’aux membres de la diaspora de mieux renouer avec l’histoire et les origines culturelles du pays.
476 objets numérisés en 2D
Cette ambition numérique repose sur un important travail scientifique. Pendant plus de huit mois, les professionnels mobilisés ont procédé à l’identification, à la documentation et à l’évaluation de l’état de conservation des collections.
La phase de numérisation, réalisée durant six mois avec l’entreprise française Somum3D, a permis de traiter 476 objets en 2D et 13 objets en 3D. Le chantier a également permis d’effectuer des relevés de cases ancestrales à l’intérieur du pays.
Mais au-delà des chiffres, le projet aura surtout créé une dynamique nouvelle entre plusieurs institutions détentrices d’une partie de la mémoire nationale.
Une mobilisation inédite des institutions culturelles
Au Musée national, le directeur Mohamed Amirou Conté s’est réjoui de cette collaboration interinstitutionnelle qu’il qualifie d’historique.
Le chantier a réuni, autour d’un même projet, le Musée national, les Archives nationales, la Bibliothèque nationale, l’IRPLA, l’Institut supérieur des arts Mory Kanté de Dubréka, l’ONACIG ainsi que le Musée de l’armée.
Au total, 31 cadres et agents ont bénéficié de formations dans différents domaines, notamment la conservation, la numérisation et la gestion des bases de données. Parmi eux, 25 professionnels ont suivi l’intégralité du parcours.
Pour Mohamed Amirou Conté, cette expérience a également favorisé la création d’une véritable communauté professionnelle, au-delà des frontières entre les différentes institutions.
Il a par ailleurs salué l’approche adoptée par les équipes d’Expertise France, insistant sur la dimension humaine de la coopération et sur leur disponibilité à accompagner les professionnels guinéens.
La France mise sur le renforcement des compétences
Représentant l’ambassadeur de France, Luc Briard, Christine Battesti, conseillère chargée de la coopération et de l’action culturelle, a souligné que la numérisation constitue l’aboutissement d’un travail beaucoup plus vaste.
Avant de mettre les collections en ligne, il fallait d’abord les connaître, les identifier, les documenter et évaluer leur état de conservation.
Cette démarche intervient alors que se profile également le projet de rénovation du Musée national de Guinée, soutenu par l’Agence française de développement à hauteur de 16 millions d’euros, selon les responsables du projet.
Pour la partie française, la formation des professionnels constitue ainsi l’un des acquis majeurs de cette coopération. Elle doit permettre au secteur culturel guinéen de disposer progressivement d’un réseau de spécialistes capables d’assurer la conservation, la documentation et la valorisation numérique des collections.
31 professionnels récompensés
La cérémonie de clôture a été marquée par la remise d’attestations aux 31 cadres et agents ayant participé aux formations.
Un moment symbolique qui vient consacrer plusieurs mois d’apprentissage et de travail autour d’un même objectif : mieux protéger et transmettre le patrimoine culturel guinéen.
La journée a également été marquée par la signature d’un Mémorandum d’entente entre le Musée national de Guinée, la Bibliothèque nationale et les Archives nationales de Guinée.
Cet accord doit désormais servir de cadre à une collaboration plus structurée entre ces institutions. Il prévoit notamment le partage d’expertises, la mutualisation des ressources informatiques et documentaires ainsi que la mise en œuvre de projets communs de recherche et de valorisation.
« Les différentes pièces d’un même puzzle »
Au nom du ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, le secrétaire général du département, Youssouf Boundou Sylla, a salué le travail accompli par l’ensemble des acteurs.
Pour lui, la transformation numérique du patrimoine ne doit pas être réduite à une simple opération technique. Elle constitue un outil de conservation, de sécurisation et d’accessibilité de la mémoire collective.
Archives, livres, manuscrits, objets et œuvres doivent, selon lui, être considérés comme les composantes d’un même ensemble : l’histoire et l’identité de la Guinée.
Le secrétaire général a ainsi appelé à une mise en œuvre rapide et concrète du Mémorandum signé, afin que cette coopération dépasse le cadre de la cérémonie et produise des résultats durables sur le terrain.
Avec le « Musée virtuel de Guinée », le pays entend désormais conjuguer patrimoine et innovation. Une manière de faire entrer ses collections dans l’ère numérique tout en donnant aux générations futures de nouveaux moyens d’accéder aux traces matérielles et immatérielles de leur histoire.
Amadou Diallo






































