Lors d’une rencontre avec la presse organisée ce jeudi 8 octobre 2026 au Centre culturel franco-guinéen, l’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, s’est exprimé sur plusieurs enjeux liés aux droits humains en Guinée. Le diplomate a salué la grâce présidentielle accordée à Aliou Bah, plaidé pour davantage de transparence dans les enquêtes sur les disparitions forcées et défendu une approche globale des droits fondamentaux, incluant les dimensions politiques, économiques, sociales et culturelles.
La France s’est félicitée de la grâce accordée par les autorités guinéennes à Aliou Bah, président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), condamné à deux ans de prison pour offense au chef de l’État. Face à la presse, au Centre culturel franco-guinéen, l’ambassadeur Luc Briard a présenté cette décision comme un signal positif dans les relations entre la Guinée et les instances judiciaires sous-régionales.
« Nous pouvons nous féliciter et saluer la décision des autorités guinéennes d’accorder la grâce à Aliou Bah, puisque c’était une demande insistante de la Cour de justice de la CEDEAO, et en ce sens, les autorités guinéennes se sont conformées aux instances sous-régionales dont elles sont parties », a déclaré le diplomate français.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par les débats sur les libertés publiques et le respect des droits humains en Guinée.
Disparitions forcées : Paris privilégie le dialogue
Interrogé sur les enquêtes annoncées par les autorités guinéennes concernant les cas de disparitions, Luc Briard a insisté sur le respect de la souveraineté nationale et sur la nécessité de maintenir un dialogue avec les institutions guinéennes.
« La Guinée est un pays souverain. Donc, nous ne donnons pas des leçons, nous ne donnons pas des injonctions, nous dialoguons », a-t-il affirmé.
L’ambassadeur a également souligné l’importance de la coopération multilatérale, estimant que les autorités guinéennes avaient accepté une recommandation française portant sur une plus grande transparence des résultats des enquêtes relatives aux disparitions forcées.
« On a des autorités légitimement élues. Nous croyons au multilatéralisme, les autorités guinéennes croient au multilatéralisme », a-t-il ajouté.
Pour Paris, le dialogue avec les autorités guinéennes demeure ainsi un cadre privilégié pour aborder les questions sensibles liées aux droits fondamentaux.
Droits humains : au-delà des libertés politiques
Au cours de cette rencontre, Luc Briard a également défendu une conception élargie des droits humains. Selon lui, leur protection ne saurait se limiter aux libertés politiques et citoyennes, mais doit également englober les droits économiques, sociaux et culturels.
Le diplomate a notamment évoqué l’accès aux soins de santé, la protection de l’intégrité physique des femmes et la lutte contre les mutilations génitales féminines.
« En matière de droits de l’homme, ce n’est pas qu’une affaire de l’État », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité de prendre en compte l’ensemble des droits dont doivent bénéficier les citoyens.
Cette approche, a-t-il expliqué, se traduit notamment par les programmes de coopération mis en œuvre par la France à travers l’Agence française de développement (AFD) et Expertise France.
À Boké, un programme de 10 millions d’euros évoqué
Pour illustrer cet engagement, l’ambassadeur a cité un programme de 10 millions d’euros déployé à Boké, qu’il a présenté comme un soutien aux dispositifs d’alerte communautaire et à la protection des personnes vulnérables.
Selon ses explications, ces mécanismes ont notamment permis de faire remonter le cas tragique d’une jeune fille de 12 ans décédée dans cette région.
« La France, c’est 10 millions d’euros sur un programme à Boké qui a permis des systèmes d’alerte communautaire qui ont remonté l’histoire tragique d’une jeune fille de 12 ans qui est morte à Boké. Donc, il n’y a pas que les droits politiques et citoyens », a-t-il déclaré.
Cet exemple lui a permis de souligner l’importance des actions de terrain dans la prévention des violences et la protection des droits des femmes et des jeunes filles.
Un partenariat fondé sur la réciprocité
En conclusion, Luc Briard a réaffirmé que la politique française en matière de droits humains se voulait globale et inclusive. Il a également insisté sur le respect du cadre constitutionnel guinéen et sur la nécessité de maintenir une coopération fondée sur l’égalité entre les partenaires.
« La France ne fait pas une partition en matière de droits de l’homme. Elle a une vision inclusive, totale, et elle se bat sur l’ensemble des choses. Mais elle le fait dans le cadre de la Constitution guinéenne, et elle le fait dans le cadre d’un partenariat d’égal à égal, symétrique et réciproque », a-t-il conclu.
À travers ces déclarations, l’ambassadeur français a ainsi réaffirmé la volonté de Paris de poursuivre le dialogue avec Conakry sur les droits humains, en mettant en avant aussi bien les libertés publiques que les droits sociaux, sanitaires et culturels.
Amadou Diallo






































