Restes humains de l’Almamy Bocar Biro Diallo et de ses compagnons, objets ayant appartenu à Samory Touré : Conakry poursuit ses démarches auprès de la France. Le gouvernement présente ces restitutions comme une étape importante dans la réhabilitation de figures majeures de l’histoire nationale.
CONAKRY – Le retour en Guinée des restes humains de l’Almamy Bocar Biro Diallo et de ses compagnons se précise. À cette démarche s’ajoute celle visant à obtenir de la France la restitution de plusieurs biens ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré. Deux dossiers distincts, mais réunis par une même volonté affichée par les autorités guinéennes : renouer avec une partie du patrimoine historique du pays.
Le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a récemment apporté des précisions sur l’état d’avancement des discussions engagées avec les autorités françaises.
Pour le gouvernement, il ne s’agit pas de simples procédures administratives. La démarche revêt une dimension mémorielle et historique.
« Ces demandes de restitution faites à la France par la Guinée sont extrêmement importantes. Ce ne sont pas pour nous de simples actes administratifs », a expliqué le ministre, qui évoque une « question de justice historique » et de « réhabilitation de personnages importants pour notre récit national ».
Bocar Biro, un retour attendu à Camayenne
Le dossier concernant les restes humains de Bocar Biro Diallo et de ses compagnons occupe une place particulière dans cette démarche.
Les autorités guinéennes souhaitent que leurs dépouilles soient rapatriées à Conakry et inhumées au mausolée de Camayenne, qui doit à terme être transformé en panthéon national, à proximité de la mosquée Fayçal.
« Les restes humains de nos ancêtres, de l’Almamy Bocar Biro et de ses compagnons, vont reposer, conformément à nos traditions et à nos coutumes, au mausolée qui sera transformé en panthéon du côté de Camayenne », a déclaré Moussa Moïse Sylla.
Au-delà du lieu d’inhumation, les autorités veulent donner à ce retour une portée symbolique forte. L’objectif affiché est de transformer le rapatriement en un moment de mémoire et de réhabilitation.
« Ils sont partis en captifs et reviendront au pays en véritables héros », a souligné le ministre.
Le patrimoine de Samory Touré au cœur d’un autre dossier
À quelques kilomètres et à plus d’un siècle de distance, un autre pan de cette démarche concerne Samory Touré, figure historique de la résistance à la conquête coloniale.
Plusieurs objets lui ayant appartenu se trouvent encore en France. Parmi les pièces concernées figure notamment un Coran attribué à Samory Touré, auquel les autorités guinéennes souhaitent offrir un cadre de conservation et de présentation adapté.
C’est dans cette perspective que le gouvernement prévoit la construction d’un Musée du Livre.
Selon Moussa Moïse Sylla, le projet ne relève plus seulement de l’intention. Il serait déjà inscrit dans le processus budgétaire de l’État.
« Ce n’est pas une intention, c’est déjà un acte, puisque des crédits sont alloués dans la loi de finances initiale pour la construction du premier Musée du Livre en République de Guinée », a affirmé le ministre.
Le Coran attribué à Samory Touré devrait y occuper une place importante, aux côtés d’autres documents et objets liés à l’histoire du souverain et à son époque.
Conakry et Paris poursuivent les échanges
Les discussions se poursuivent entre les autorités guinéennes et françaises autour des modalités concrètes de ces restitutions.
Dans le cadre de ces échanges, Conakry a notamment invité Jean-Luc Martinez, chargé par le président français du suivi de la coopération dans le domaine du patrimoine.
Le gouvernement guinéen espère parvenir à faire avancer les deux dossiers dans les prochains mois et envisage un retour des restes humains avant le premier trimestre 2027.
Les deux procédures ne sont cependant pas soumises exactement aux mêmes règles juridiques.
Selon le ministre, la restitution des restes humains dispose déjà d’un cadre légal applicable. En revanche, la loi adoptée en mai 2026 sur les biens culturels doit encore être complétée par ses textes d’application.
Cette différence juridique pourrait conduire les autorités à traiter séparément les deux dossiers.
« Même s’il y a nécessité de dissocier les deux demandes, nous le ferons pour que nous ayons déjà une sorte de respect du calendrier pour le premier trimestre 2027 quant au retour des restes humains de nos ancêtres », a indiqué Moussa Moïse Sylla.
Des scientifiques au chevet de la mémoire
Le gouvernement entend également entourer le processus de rapatriement d’un dispositif scientifique.
Deux comités scientifiques ont été constitués avec la participation de spécialistes guinéens, africains et internationaux. Le Centre international de recherche et de documentation (CIRD) participe à la coordination de ces travaux.
La question de l’identification, de la conservation et des conditions de rapatriement des restes humains doit ainsi être laissée aux spécialistes.
Le ministre de la Culture insiste lui-même sur cette nécessité : « Le ministre n’est pas un anthropologue, le ministre n’est pas un chercheur. »
L’objectif est donc de faire intervenir des experts capables de déterminer les conditions scientifiques appropriées pour le retour et la conservation des restes de Bocar Biro, actuellement enterrés dans la région de Mamou.
Pour la famille, un retour chargé d’émotion
Derrière les procédures administratives et les considérations scientifiques, le dossier revêt également une forte dimension familiale.
Les descendants de Bocar Biro souhaitent notamment que l’Almamy puisse retrouver une sépulture aux côtés de son frère et compagnon, dont le destin aurait été étroitement lié au sien.
Pour la famille, cette réunification posthume constituerait un acte de reconnaissance et de réhabilitation.
« Qu’il puisse reposer auprès de lui serait, aux yeux de la famille et de la descendance, une sorte de réhabilitation véritable de Bocar Biro Barry », a expliqué Moussa Moïse Sylla.
À travers le retour des restes de Bocar Biro Diallo et de ses compagnons, mais aussi la restitution des biens de Samory Touré, la Guinée entend ainsi ouvrir un nouveau chapitre de sa politique mémorielle.
Entre démarches diplomatiques, cadre juridique, expertise scientifique et attentes familiales, le processus est désormais engagé. Reste à transformer les intentions en retours effectifs, afin que ces fragments de l’histoire guinéenne puissent retrouver leur terre d’origine.
Amadou Diallo






































