À quelques jours des manifestations annoncées par les forces vives, le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation a sorti l’arme lourde : une suspension de 90 jours visant trois partis majeurs de la scène politique guinéenne – l’UFDG, le RPG arc-en-ciel et le PRP. Une décision signée par le ministre Ibrahima Kalil Condé, et dont l’effet est immédiat.
Officiellement, il s’agit d’une mesure de « conformité ». Les partis auraient échoué à répondre aux exigences inscrites dans un rapport d’évaluation, malgré une période de réserve de 45 jours qui leur avait été accordée. En clair, on leur reproche de ne pas s’être alignés sur la Charte des partis politiques. Mais la question qui taraude est ailleurs : à qui profite cette suspension, et surtout pourquoi maintenant ?
Car le timing ne doit rien au hasard. En interdisant toute activité politique, toute réunion et toute manifestation pendant trois mois, les autorités neutralisent de fait les principales forces d’opposition à l’approche d’une rentrée sociale et politique explosive. Les sanctions prévues en cas d’infraction – allant jusqu’au Code pénal – achèvent de transformer la mise en garde en véritable camisole.
Certes, l’État se réfugie derrière la légalité. Mais derrière la légalité, il y a la légitimité. Et là réside le vrai débat : comment parler de réhabilitation démocratique quand les principaux acteurs de la vie politique sont réduits au silence administratif ?
Le cas de l’UFDG illustre bien cette impasse. Depuis des mois, le parti peine à organiser son congrès, plombé par des divisions internes et par des sanctions contre ses cadres, dont l’actuel ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo. Saisi, le dossier est désormais entre les mains de la Cour suprême. Mais en attendant, l’interdiction tombe comme une chape de plomb.
La transition guinéenne avait promis un « retour à l’ordre constitutionnel ». Or, à force de mettre sous tutelle les partis, c’est l’ordre politique lui-même qui se trouve étouffé. En suspendant les voix discordantes, le pouvoir ne fait qu’alimenter une inquiétante question : veut-on préparer des élections inclusives, ou verrouiller un paysage politique déjà fragilisé ?
Alpha Amadou Diallo




































