Édito – Par Amadou Diallo
C’est un refrain bien connu des Guinéens : « les bus arrivent bientôt ». À chaque fois, l’annonce rallume une lueur d’espoir dans une capitale étouffée par les embouteillages et une mobilité chaotique. Cette fois encore, c’est le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, qui remet la promesse sur la table : 200 bus flambant neufs pour désengorger Conakry et redonner souffle aux routes régionales.
Mais entre le rêve et la réalité, le chemin reste long.
Le ministre assure que 50 bus sont déjà acquis, qu’une vingtaine d’autres devraient suivre « pour les interurbains », et qu’une centaine cinquante arriveront en 2026, par petits lots. L’ambition est claire : 200 bus au total, dont 120 pour Conakry et 80 répartis dans les capitales régionales — Kankan, Labé, Mamou, Nzérékoré, Kindia… Le plan est séduisant, presque structuré.
Pourtant, aucun de ces bus n’a encore pris la route. Et la raison, selon le ministre, serait aussi simple que révélatrice : le pays n’a plus d’abribus. Conakry a oublié les bases d’un réseau urbain moderne. C’est donc à la reconstruction de ces infrastructures que le ministère s’attelle : « Devant la Banque centrale, un prototype d’arrêt-bus moderne avec Internet et affichage digital a été installé. Il servira de modèle », promet Gaoual Diallo.
L’autre nouveauté, plus audacieuse encore, c’est le désengagement total de l’État dans la gestion des bus. Le gouvernement préfère confier leur exploitation à des sociétés privées ou à des GIE, censées garantir efficacité et rentabilité. Une orientation qui s’inscrit dans la logique de la délégation de service public — mais qui exige transparence, rigueur et surtout, un suivi réel pour éviter que ces bus ne deviennent un nouveau gâchis national.
Le ministre se veut rassurant : les premiers véhicules devraient circuler d’ici la fin de l’année, si les travaux d’abribus avancent comme prévu. Mais à Conakry, la population reste prudente. Trop souvent, les promesses de mobilité sont restées bloquées dans les embouteillages bureaucratiques.
Au fond, la question n’est plus seulement celle de l’arrivée des bus, mais de la capacité de l’État à tenir parole. Car dans un pays où chaque annonce devient un acte de foi, la crédibilité gouvernementale se joue désormais à chaque arrêt-bus.
Amadou Diallo




































