La Direction générale des élections (DGE) a tranché : pour briguer la magistrature suprême, il faudra désormais débourser 900 millions de francs guinéens. Un montant vertigineux qui fait grincer bien des dents dans le paysage politique. Et pour cause : dans un pays où le revenu moyen reste modeste, cette somme semble réserver la présidentielle à une élite financière, éloignée des réalités du peuple.
Pour Dr Abdoulaye Diallo, président du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD), cette décision sonne comme une confiscation démocratique :
« Fixer une caution à 900 millions GNF, c’est comme si on voulait avoir un homme riche au pouvoir. Ce n’est pas un bon exemple », déplore-t-il, rappelant que ni Sékou Touré, ni Alpha Condé, n’étaient des hommes fortunés à leur accession au pouvoir.
L’homme politique ne cache pas son amertume. À ses yeux, la Guinée est sur le point de rater une nouvelle transition. Après celles de 1984 et 2010, inachevées ou détournées de leurs promesses, celle de 2025 risque, selon lui, de s’enliser dans une logique d’exclusion économique : celle où le pouvoir se mérite non par la vision, mais par le compte en banque.
Le plafonnement des dépenses de campagne à 40 milliards GNF, fixé par la DGE, semble presque anecdotique à côté de cette caution. « Ce n’est pas important, tu peux dépenser moins. Mais 900 millions pour se présenter, c’est excessif », insiste Dr Diallo, amer.
Le MSD, qui avait annoncé sa participation à l’élection présidentielle du 28 décembre, suspend désormais sa décision. Le parti se réunira dans les prochains jours pour déterminer s’il maintient ou non sa candidature.
Au fond, cette polémique soulève une question essentielle :
La démocratie guinéenne doit-elle devenir un luxe réservé aux riches ?
Si la politique se monnaye, alors le pouvoir cesse d’être un projet collectif — il devient un investissement personnel. Et quand la démocratie se vend au plus offrant, c’est la République elle-même qui se dévalue.
Amadou Diallo





































