Chronique :
Elles ne sont que deux, cette année encore, à oser briguer la magistrature suprême. Deux femmes, dans une mer de candidatures masculines, à tenter d’imposer leur voix dans une arène politique où la testostérone a longtemps fait loi. Makalé Camara et Hawa Diané prolongent, chacune à sa manière, une histoire entamée il y a quinze ans — celle d’une pionnière au courage discret, Hadja Saran Daraba Kaba.
En 2010, la Guinée retrouvait la démocratie et, avec elle, une femme se tenait seule face à 23 hommes. Née en 1945 à Coyah, ancienne ministre des Affaires sociales, Hadja Saran portait haut le flambeau d’une ambition collective : prouver qu’une femme pouvait aussi rêver du fauteuil présidentiel. 0,38 % des voix, disait le verdict des urnes. Mais ce chiffre, anodin en apparence, cache une victoire autrement plus profonde : celle d’avoir ouvert la brèche.
Car avant les discours sur la parité, avant les quotas et les promesses creuses, il y a eu cette audace. Celle d’une femme qui a osé franchir la barrière invisible du “non-dit” politique guinéen. Depuis, la scène a peu changé, mais son empreinte, elle, demeure.
À 80 ans, Hadja Saran Daraba Kaba n’a plus besoin de tribune : elle a déjà gravé son nom dans l’histoire. Et si la Guinée veut vraiment tourner la page, elle gagnerait à se souvenir de celles qui ont osé l’écrire.
Sibé Fofana




































