Édito : Quand le savoir devient une arme stratégique pour la Guinée
À l’heure où la Guinée cherche les fondations solides de sa refondation politique et institutionnelle, le gouvernement semble vouloir miser sur une ressource souvent proclamée mais rarement pleinement exploitée : l’intelligence. À l’initiative d’une conférence scientifique organisée à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, le Premier ministre Bah Oury a remis l’université au cœur du projet national.
Le message est clair : dans un monde marqué par les recompositions géopolitiques et la compétition des puissances, les nations qui progressent sont celles qui investissent dans la connaissance.
Organisée conjointement avec l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) de Paris autour du thème « L’Afrique au cœur des recompositions géopolitiques contemporaines », cette rencontre n’était pas qu’un simple exercice académique. Elle s’inscrit dans une volonté politique affichée de reconnecter la recherche scientifique aux grandes orientations stratégiques du pays.
Pour Bah Oury, l’université doit cesser d’être perçue comme un simple espace de transmission de connaissances théoriques. Elle doit devenir un véritable centre de production d’idées, capable d’éclairer les décisions publiques et d’accompagner les transformations économiques et sociales.
« L’université n’est pas seulement un lieu de savoir ; elle constitue aussi un laboratoire de réflexion et un moteur de transformation nationale », a-t-il insisté, rappelant ainsi le rôle historique des élites intellectuelles dans les moments décisifs des nations.
Derrière ce discours, se dessine également une ambition politique plus large : faire du capital humain le principal atout stratégique de la Guinée. Une orientation qui s’inscrit, selon le chef du gouvernement, dans la vision du président de la transition, Mamadi Doumbouya, qui place la valorisation des compétences nationales au centre de l’action publique.
Depuis le 5 septembre 2021, date marquant l’ouverture de la transition, les autorités affirment vouloir rebâtir les institutions sur de nouvelles bases. Dans cette perspective, redonner à l’université sa place dans le débat public apparaît comme un signal fort : celui d’un État qui reconnaît enfin que le développement durable ne se décrète pas, mais se construit par la formation, la recherche et l’innovation.
Reste désormais à transformer ces ambitions en résultats concrets. Car le véritable défi ne réside pas dans les discours, mais dans la capacité à améliorer les conditions de recherche, à valoriser les enseignants et à adapter les formations aux besoins réels du pays.
Si cette volonté se traduit en actes, alors les universités guinéennes pourraient redevenir ce qu’elles n’auraient jamais dû cesser d’être : les véritables cerveaux de la nation et les incubateurs de la Guinée de demain.
Sibé Fofana




































