Le 27 avril 2026, à l’Université de Californie Berkeley, haut lieu du savoir mondial, l’alphabet ADLAM a occupé le devant de la scène lors d’une conférence consacrée à son invention et à son impact. Plus qu’une simple rencontre académique, cet événement a rappelé une vérité trop souvent oubliée : un peuple qui abandonne sa langue abandonne une part de son âme.
Il fallait voir la portée symbolique du moment. Dans l’une des universités les plus prestigieuses du monde, un système d’écriture né en Afrique recevait l’attention qu’il mérite. L’ADLAM n’est pas seulement un alphabet ; il est la preuve vivante que les langues africaines peuvent se doter d’outils modernes, transmettre le savoir, enseigner les sciences, raconter l’histoire et préparer l’avenir.
Les remerciements adressés aux organisateurs, aux participants présents dans la salle et à ceux connectés à distance via Zoom traduisent une mobilisation encourageante. Car derrière cette conférence, il y a une conviction commune : nos langues ne sont ni un retard ni un obstacle. Elles sont une richesse, une force et un levier de développement.
Le véritable esclavage, disait-on au cours des échanges, ne réside pas uniquement dans les chaînes du passé. Il persiste lorsque l’on croit encore que l’on ne peut penser, réussir ou progresser qu’à travers la langue de l’autre. Il survit lorsque l’on rougit de parler sa langue maternelle, lorsque l’on méprise les mots hérités de nos ancêtres, lorsque l’on transmet à ses enfants la honte de leurs racines.
Parler sa langue maternelle n’est pas un repli. C’est un enracinement. L’écrire, c’est lui donner une mémoire. La lire, c’est lui offrir un avenir. Aucun peuple ne s’est développé en reniant sa propre parole. Les nations dites avancées ont bâti leur puissance en enseignant, en innovant et en administrant dans leurs langues.
Pourquoi ce qui est possible ailleurs serait-il impossible chez nous ? Tout ce qui se fait dans d’autres langues peut se faire dans les nôtres : enseigner les mathématiques, publier des livres, produire des logiciels, écrire des lois, créer des entreprises, diffuser des connaissances.
Le développement n’a pas de raccourci. Il demande du travail, de la discipline et de la constance. Mais il commence toujours par une décision simple : croire en soi. Et croire en soi, pour un peuple, commence souvent par oser parler sa langue et par apprendre à l’écrire.
Berkeley a salué l’ADLAM. À nous maintenant de saluer nos propres langues, non par des discours, mais par des actes.
Avec Abdoulaye J Barry et Ibrahima Barry

































