Coup de tonnerre sur la scène politique guinéenne. Le Front pour la démocratie en Guinée (FRONDEG), principal parti d’opposition conduit par Abdoulaye Yéro Baldé, a annoncé le retrait de sa candidature aux élections législatives et locales prévues le 31 mai. Une décision lourde de sens, motivée par ce que la formation politique qualifie d’irrégularités graves dans le processus électoral.
Ce double scrutin doit permettre l’élection de 147 députés à l’Assemblée nationale ainsi que 342 maires à travers le pays. Il était présenté comme une étape décisive du retour à l’ordre constitutionnel, quelques mois après la présidentielle remportée par le général Mamadi Doumbouya.
Une menace mise à exécution
Arrivé deuxième lors de la dernière présidentielle avec 6,59 % des suffrages, loin derrière Mamadi Doumbouya crédité de 86,72 %, Abdoulaye Yéro Baldé avait déjà alerté, le 25 avril, sur ce qu’il considérait comme des violations du Code électoral. Il avait alors menacé de se retirer si aucune correction n’était apportée.
Trois jours plus tard, la rupture est consommée. À l’issue d’une réunion extraordinaire de son bureau politique, le FRONDEG a officialisé son retrait du processus.
Dans sa déclaration, le parti estime qu’aucun scrutin crédible ne peut être organisé sans respect minimum des textes de loi. Il dénonce notamment des violations répétées du Code électoral et un déséquilibre manifeste en faveur de la mouvance présidentielle et de ses alliés.
Des candidatures rejetées sans explication
L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur reproche également aux autorités électorales d’avoir rejeté, sans motivation ni notification formelle, plusieurs candidatures du FRONDEG dans une dizaine de circonscriptions, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à Conakry.
Pour le camp Baldé, ces décisions traduisent une volonté d’écarter l’opposition de la compétition électorale.
La DGE contre-attaque
Face à ces accusations, la Direction générale des élections (DGE), placée sous l’autorité du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, rejette tout manquement.
Sa directrice générale, Camara Djénabou Touré, assure que l’institution n’a fait qu’appliquer strictement la loi. Elle affirme également que plusieurs candidats communaux du FRONDEG souhaiteraient poursuivre leur participation au scrutin malgré la décision nationale du parti.
Une ombre sur la crédibilité du scrutin
Ce retrait fragilise politiquement les élections du 31 mai. Lorsqu’un parti majeur de l’opposition quitte la course avant le vote, c’est toute la question de l’inclusivité et de la crédibilité du processus qui ressurgit.
À un moment où la Guinée cherche à consolider sa transition institutionnelle, cette nouvelle crise électorale rappelle que le retour à l’ordre constitutionnel ne se mesure pas seulement à la tenue d’un scrutin, mais aussi à la confiance que celui-ci inspire.
Saliou Keita


































