À Paris, la Guinée n’est pas allée chercher un simple label de respectabilité internationale. En frappant à la porte du Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Conakry envoie un signal politique : celui d’un pays qui ambitionne désormais d’être associé aux espaces où se conçoivent les stratégies de développement plutôt que de rester cantonné au rôle de fournisseur de matières premières.
La candidature défendue par le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, accompagné du gouverneur de la Banque centrale, s’inscrit dans cette logique. Elle épouse également l’ambition affichée par la vision « Simandou 2040 », présentée comme la feuille de route d’une transformation économique durable.
Mais au-delà des discours, une question fondamentale demeure : que représente réellement une adhésion au Centre de développement de l’OCDE pour la Guinée ?
La réponse ne réside ni dans le prestige de l’institution ni dans les symboles diplomatiques. L’enjeu est ailleurs. Le Centre de développement constitue un espace de réflexion, d’échanges d’expériences et d’élaboration de politiques publiques réunissant des économies développées et émergentes. Y accéder, c’est accepter de confronter ses réformes aux standards internationaux et d’inscrire ses choix économiques dans une logique de gouvernance, d’évaluation et de redevabilité.
C’est précisément ce qu’a rappelé Ismaël Nabé devant les représentants des cinquante-cinq pays membres en affirmant que « la croissance seule n’est pas le développement ». Une formule qui résume l’un des plus grands défis de la Guinée. Depuis des décennies, le pays accumule les richesses minières sans parvenir à les convertir pleinement en progrès social, en industrialisation ou en emplois durables.
La candidature guinéenne repose donc sur une promesse : transformer les ressources naturelles, notamment le gigantesque potentiel du projet Simandou, en véritable levier de développement. Les priorités mises en avant — transformation locale des minerais, mobilisation des ressources internes, autonomisation économique des femmes et renforcement de la coopération Sud-Sud — traduisent cette volonté de rompre avec une économie essentiellement extractive.
Le plaidoyer présenté à Paris aurait reçu un accueil favorable, les membres du Comité directeur saluant la qualité du dossier guinéen. Ce satisfecit constitue un encouragement, mais certainement pas une consécration. Car l’adhésion à un cercle d’expertise internationale ne remplace ni les réformes structurelles ni leur mise en œuvre effective.
La crédibilité de cette ambition se mesurera moins dans les salles de réunion parisiennes que dans la capacité des institutions guinéennes à améliorer la gouvernance publique, renforcer l’État de droit, sécuriser les investissements et garantir que les fruits de la croissance profitent réellement aux populations.
La Guinée semble vouloir changer de posture sur la scène internationale. C’est une évolution positive. Mais l’histoire du développement enseigne qu’aucune institution, aussi prestigieuse soit-elle, ne peut accomplir à la place d’un État les transformations qu’il doit conduire lui-même. Le Centre de développement de l’OCDE peut offrir des idées, des partenariats et des outils. Il ne remplacera jamais la volonté politique, la rigueur dans l’exécution des réformes et la constance dans leur application.
En frappant à la porte de l’OCDE, la Guinée manifeste une ambition. Il lui reste désormais à convaincre que cette ambition se traduira, demain, en résultats concrets pour ses citoyens.
Algassimou L Diallo


































