Pendant des décennies, le transport public à Conakry a été le symbole d’un éternel recommencement. Des annonces ambitieuses, des sociétés publiques créées à grand renfort de communication, puis des faillites retentissantes, laissant les usagers livrés à eux-mêmes. L’annonce faite par le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, de l’acquisition prochaine de 200 bus pour le transport urbain suscite donc autant d’espoir que de prudence.
Cette fois, l’ambition affichée ne se limite pas à l’achat de nouveaux véhicules. Le gouvernement promet de rompre avec les erreurs du passé en confiant l’exploitation des bus à des opérateurs privés sélectionnés à l’issue d’un appel d’offres. Une approche qui traduit une volonté de professionnaliser la gestion et d’éviter les lourdeurs qui ont longtemps plombé les entreprises publiques.
Le diagnostic posé par le ministre mérite d’être entendu. Pendant des années, les sociétés de transport ont été condamnées par un modèle économique intenable. Les tarifs sociaux imposés au nom de l’intérêt général n’ont jamais été accompagnés de compensations financières effectives. Résultat : des déficits chroniques, une incapacité à renouveler les équipements, puis une disparition progressive de ces entreprises.
Reconnaître les erreurs est une première étape. Les corriger sera le véritable défi. Car le problème du transport urbain ne se résume pas à l’acquisition de bus flambant neufs. Il faudra garantir une gestion rigoureuse, transparente et durable des ressources, assurer la maintenance des véhicules, lutter contre les détournements et veiller à ce que les compensations promises soient effectivement versées lorsque des obligations de service public seront imposées.
Le choix de répartir l’exploitation entre plusieurs sociétés plutôt que de créer un monopole peut favoriser la concurrence, améliorer la qualité du service et réduire les risques de mauvaise gouvernance. Encore faudra-t-il que les critères de sélection soient transparents et que les opérateurs retenus soient évalués sur leurs performances.
Les habitants de Conakry attendent avant tout des résultats concrets : des bus disponibles, ponctuels, sûrs et accessibles. Chaque jour, des milliers de citoyens passent des heures dans les embouteillages ou dépendent de moyens de transport souvent précaires. Le transport public n’est pas un luxe ; il est un levier de développement économique, de cohésion sociale et d’amélioration de la qualité de vie.
L’annonce de ces 200 bus ouvre donc une fenêtre d’opportunité. Mais en Guinée, les citoyens ont appris à distinguer les promesses des réalisations. Seule une mise en œuvre efficace, accompagnée d’une gouvernance exemplaire et d’un modèle économique viable, permettra de transformer cette initiative en véritable succès.
L’enjeu dépasse l’arrivée de nouveaux bus. Il s’agit de restaurer la confiance des Guinéens dans la capacité de l’État à offrir un service public performant. C’est à cette condition que cette réforme pourra marquer une rupture avec les échecs du passé et ouvrir enfin la voie à une mobilité urbaine digne d’une capitale moderne.
Abdoul Chaolis Diallo





































