La crise énergétique qui secoue à nouveau plusieurs quartiers de Conakry rappelle une évidence que la Guinée ne peut plus ignorer : lorsqu’une grande partie de la production électrique repose sur l’hydroélectricité, la disponibilité de l’eau devient une question de souveraineté énergétique.
C’est dans ce contexte que le ministre de l’Énergie, Laye Sékou Camara, accompagné du ministre du Travail et de la Protection sociale, Mory Condé, s’est rendu mercredi 12 août 2026 au complexe hydroélectrique Kaléta-Souapiti. Une visite technique qui intervient alors que la faible pluviométrie réduit les apports en eau et exerce une pression croissante sur les capacités de production.
Sur place, les responsables de la SOGES, de la SOGEKA et les techniciens d’EDG ont présenté l’état des retenues, l’évolution des niveaux d’eau et les conséquences du déficit hydrologique sur la production électrique. Les discussions ont également porté sur les perspectives pour les prochaines semaines et sur les moyens d’optimiser la ressource disponible.
Mais au-delà de cette descente sur le terrain, une question fondamentale se pose : combien de temps encore la Guinée pourra-t-elle faire reposer sa sécurité électrique sur une ressource aussi dépendante des aléas climatiques ?
La faiblesse des précipitations ne doit pas être considérée comme une simple difficulté saisonnière. Elle révèle surtout la vulnérabilité structurelle d’un système énergétique encore fortement dépendant de l’hydroélectricité. Lorsque les retenues baissent, c’est toute la chaîne qui vacille : production insuffisante, délestages, activités économiques perturbées et ménages confrontés à une fourniture incertaine.
La réponse ne peut donc pas se limiter à une meilleure gestion des barrages. Elle doit s’inscrire dans une véritable stratégie de diversification du mix énergétique. Solaire, thermique, éolien lorsque les conditions s’y prêtent, mais aussi modernisation des réseaux et optimisation des infrastructures existantes : tous les leviers doivent être examinés avec sérieux.
Le Gouvernement doit surtout éviter de gérer les crises électriques uniquement lorsqu’elles surviennent. L’anticipation doit désormais prendre le pas sur l’urgence. Les données hydrologiques, les prévisions météorologiques et l’évolution de la demande doivent permettre de planifier la production et d’identifier suffisamment tôt les solutions de secours.
La visite de Laye Sékou Camara à Kaléta-Souapiti est donc utile. Mais elle ne prendra tout son sens que si elle débouche sur des décisions concrètes. Car la sécurité énergétique d’un pays ne se décrète pas dans les bureaux : elle se construit par des investissements, une planification rigoureuse et une capacité à anticiper les périodes de pénurie.
La Guinée dispose d’un potentiel énergétique considérable. Encore faut-il transformer ce potentiel en une électricité disponible, stable et prévisible. Pour les ménages comme pour les entreprises, la lumière ne doit plus dépendre du niveau des retenues d’eau.
Kaléta et Souapiti doivent continuer à produire, mais ils ne peuvent pas porter seuls l’avenir énergétique du pays. C’est désormais à la politique énergétique guinéenne de prendre de l’avance sur les aléas climatiques plutôt que de les subir.
Amadou Diallo






































