ÉDITORIAL — La Guinée veut franchir un nouveau cap dans la gestion de ses finances publiques. Avec le PREFIP 2026-2030, lancé à Conakry par la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, le gouvernement entend renforcer la mobilisation des recettes, améliorer la qualité des dépenses et faire de la transparence budgétaire un levier de développement. Mais au-delà des stratégies, des programmes et des engagements, une exigence demeure : traduire les réformes en résultats visibles dans le quotidien des citoyens.
La réforme des finances publiques n’est pas un simple exercice administratif. Elle constitue l’un des fondements de la crédibilité de l’État, de la confiance des citoyens et de la capacité d’un pays à financer son propre développement. En lançant, mercredi 21 octobre 2026, l’atelier de validation du nouveau Programme de réformes des finances publiques (PREFIP) 2026-2030, Mariama Ciré Sylla place cette question au cœur des ambitions économiques de la Guinée.
L’enjeu est considérable. À l’heure où le pays affiche de grandes ambitions à travers le programme Simandou 2040, il ne suffit pas de disposer de ressources naturelles importantes ni de multiplier les projets d’infrastructures. Encore faut-il mobiliser efficacement les recettes nationales, maîtriser les dépenses publiques et garantir que chaque investissement réponde aux besoins réels de la population.
C’est précisément sur ce terrain que le nouveau PREFIP est attendu.
Des réformes nécessaires, des insuffisances à corriger
Depuis l’adoption de la loi organique relative aux lois de finances en 2012 et du règlement général de gestion budgétaire et de la comptabilité publique en 2013, la Guinée a engagé plusieurs cycles de réformes. La modernisation des procédures budgétaires, l’amélioration de la gestion de la trésorerie et la digitalisation progressive des administrations fiscales et douanières témoignent de cette volonté de transformation.
Toutefois, les progrès accomplis ne doivent pas masquer les faiblesses persistantes. L’évaluation PFA++ de 2024 a notamment relevé des insuffisances dans la crédibilité budgétaire, des écarts entre les prévisions et les réalisations ainsi que des lacunes dans la qualité de certaines données financières.
Ces constats rappellent une vérité essentielle : une réforme ne se mesure pas uniquement au nombre de textes adoptés ou de procédures informatisées. Elle doit aussi se traduire par une meilleure prévision des recettes, une exécution plus rigoureuse du budget et une utilisation plus efficace des deniers publics.
Le PREFIP 2026-2030, structuré autour de cinq axes stratégiques, de 17 programmes et de plus d’une centaine d’actions, entend répondre à ces défis. Le budget-programme, la comptabilité patrimoniale, la digitalisation de la chaîne des dépenses et la budgétisation sensible au climat figurent parmi les chantiers annoncés.
La véritable difficulté commencera cependant après la validation des documents : faire en sorte que les engagements deviennent des pratiques durables dans l’ensemble de l’administration.
Simandou 2040 : une ambition qui exige une gestion exemplaire
Le programme Simandou 2040 ouvre des perspectives importantes pour la transformation économique de la Guinée. Industrialisation, infrastructures, diversification de l’économie et création d’emplois constituent autant d’objectifs susceptibles de modifier durablement le paysage économique national.
Mais cette ambition comporte également une responsabilité majeure. L’augmentation des ressources attendues ne produira des effets durables que si leur gestion repose sur la transparence, la discipline budgétaire et une sélection rigoureuse des investissements.
La mobilisation des recettes intérieures apparaît ainsi comme une priorité stratégique. Élargir l’assiette fiscale, réduire les pertes de recettes, rationaliser les exonérations et mieux valoriser les ressources minières ainsi que le patrimoine public sont des leviers essentiels pour renforcer les capacités financières de l’État.
Cette démarche doit néanmoins s’accompagner d’une administration fiscale plus performante, de procédures plus transparentes et d’une répartition équitable de l’effort contributif. La mobilisation des recettes ne peut être une fin en soi : elle doit permettre de financer des services publics de qualité, des infrastructures utiles et des politiques répondant aux attentes des populations.
La présence de l’Union européenne à cet atelier, à travers son partenariat avec le gouvernement guinéen dans le cadre du programme AMRIC, souligne également l’importance accordée à cette transformation. Les partenaires peuvent apporter un accompagnement technique et financier, mais la réussite des réformes dépendra avant tout de la volonté des institutions nationales de les appliquer avec constance.
La performance publique doit se mesurer aux résultats
L’un des messages les plus importants portés par Mariama Ciré Sylla concerne la qualité de la dépense publique. La ministre a rappelé que les économies réalisées grâce à l’assainissement du fichier de gestion administrative et de la solde ont dépassé 246 milliards de francs guinéens, selon les chiffres présentés lors de son intervention.
Cet exemple illustre le potentiel des réformes lorsqu’elles permettent de corriger les dysfonctionnements et de mieux contrôler l’utilisation des ressources publiques.
Il reste toutefois nécessaire de prolonger ces efforts dans les autres secteurs de l’administration. Une dépense publique performante suppose des projets bien préparés, des budgets réalistes, des marchés exécutés dans les règles et des mécanismes de contrôle capables de prévenir les irrégularités.
La digitalisation peut contribuer à réduire les risques de fraude et à améliorer la traçabilité des opérations. Mais la technologie, à elle seule, ne garantit ni la transparence ni la bonne gouvernance. Elle doit s’accompagner de responsabilités clairement définies, d’indicateurs vérifiables et de sanctions appropriées en cas de manquement.
C’est pourquoi le dispositif de suivi-évaluation prévu par le PREFIP sera déterminant. Les comités de pilotage et les groupes techniques annoncés devront dépasser le cadre des réunions périodiques pour assurer un suivi effectif des engagements, identifier les blocages et mesurer les résultats obtenus.
Au-delà des documents, le verdict des citoyens
La ministre l’a elle-même reconnu en rappelant que les citoyens ne jugeront pas le gouvernement au nombre de plans élaborés, de textes approuvés ou de réunions organisées, mais à la qualité des services publics, à l’exécution des projets, aux emplois créés et à l’amélioration de leurs conditions de vie.
Cette déclaration résume toute la portée politique et sociale du PREFIP 2026-2030.
Car, pour le citoyen, la réforme des finances publiques doit se traduire par des écoles mieux équipées, des centres de santé fonctionnels, des routes praticables, un accès amélioré aux services administratifs et des investissements capables de soutenir l’activité économique. Elle doit également contribuer à renforcer la confiance dans les institutions en démontrant que les ressources collectées sont utilisées conformément à l’intérêt général.
L’atelier de validation, dont la clôture est prévue ce jeudi 22 octobre, constitue donc une étape importante, mais certainement pas l’aboutissement du processus. Après l’examen du document de stratégie, du plan d’action et du dispositif de suivi-évaluation, viendra le temps de la mise en œuvre, sous réserve de l’adoption formelle du programme par le gouvernement.
Le véritable succès du PREFIP ne se jouera pas dans les salles de conférence, mais sur le terrain. Il dépendra de la capacité de l’État à transformer les réformes annoncées en résultats mesurables, à garantir une utilisation transparente des ressources et à faire de chaque franc public un investissement utile pour la nation.
Dans une Guinée qui nourrit de grandes ambitions à l’horizon 2040, la rigueur budgétaire n’est pas une option. Elle est une condition essentielle pour que la richesse nationale profite effectivement aux Guinéens.
A Amadou Diallo




































