Dans les débats sur le développement de la Guinée, les regards se tournent souvent vers les immenses richesses du sous-sol. Bauxite, fer, or ou diamants occupent le devant de la scène. Pourtant, à plusieurs milliers de kilomètres de Conakry, dans un amphithéâtre parisien, un autre pari était en train de se jouer : celui de l’investissement dans le capital humain.
La cérémonie de clôture du programme INITIA Guinée, organisée à l’Agence française de Développement (AFD), n’était pas une simple remise d’attestations. Elle symbolisait l’aboutissement de 22 semaines de formation intensive suivies par 22 cadres issus de plusieurs départements ministériels guinéens. Un parcours d’excellence entre l’Institut National du Service Public (INSP) de Paris et l’IRA de Lille, conçu pour préparer une nouvelle génération de gestionnaires publics.
À travers cette initiative inscrite dans le cadre de la Simandou Academy, pilier consacré au capital humain du programme Simandou 2040, les autorités guinéennes affichent une conviction forte : la véritable richesse du pays ne réside pas seulement dans ses ressources minières, mais dans les compétences de ses citoyens.
Le ministre de la Modernisation de l’Administration et de la Fonction publique, Faya François Bourouno, l’a rappelé avec insistance. Pour lui, la Guinée peut devenir un géant économique grâce à ses ressources naturelles, mais son développement durable dépendra avant tout de sa capacité à former des femmes et des hommes compétents, capables de conduire les réformes et d’améliorer la qualité du service public.
Cette vision traduit un changement de paradigme. Longtemps, les politiques de développement se sont concentrées sur les infrastructures et les investissements matériels. Aujourd’hui, le gouvernement affirme vouloir placer l’humain au cœur de la transformation nationale. Une orientation qui trouve tout son sens dans un pays dont près des deux tiers de la population sont jeunes.
L’un des aspects les plus remarquables de cette promotion réside dans sa diversité géographique. La majorité des bénéficiaires proviennent des régions de l’intérieur du pays. Un choix qui rompt avec la centralisation traditionnelle de l’administration et qui donne à des cadres de Mali, Mandiana, Kouroussa, Labé, Youmou ou encore N’Zérékoré l’opportunité d’accéder à une formation de haut niveau.
Au-delà des connaissances techniques acquises en matière de gouvernance, de transformation numérique, de gestion budgétaire ou encore d’éthique publique, les participants reviennent avec une mission : devenir des acteurs du changement. Comme l’a résumé leur porte-parole, Gono Sagno, ils ne rentrent pas avec un simple diplôme, mais avec une responsabilité envers leur pays.
Cette dynamique s’inscrit également dans un contexte plus large de modernisation institutionnelle. L’annonce récente de la création de l’École nationale d’administration (ENA) de Guinée constitue un signal fort. Elle témoigne de la volonté des autorités de pérenniser la formation des élites administratives et de créer un cadre durable pour le renforcement des compétences publiques.
Le soutien des partenaires français, notamment l’AFD, Expertise France, l’INSP et l’IRA de Lille, a joué un rôle déterminant dans la réussite du programme. Mais l’essentiel reste à venir. Car le véritable examen ne se déroulera ni à Paris ni dans les salles de cours. Il aura lieu dans les préfectures, les directions nationales, les services déconcentrés et les administrations publiques de Guinée.
Les 22 lauréats rentrent désormais au pays avec un bagage intellectuel renforcé et une mission claire : faire vivre les principes d’efficacité, d’intégrité et de service aux citoyens. Si cette promesse est tenue, alors cette promotion pourrait bien marquer le début d’une nouvelle culture administrative en Guinée.
Car au fond, la transformation d’un État commence rarement par les bâtiments qu’il construit. Elle commence par les femmes et les hommes qu’il forme.
Sibé Fofana






































