Après 26 années passées aux côtés de Sidya Touré, l’ancien député et secrétaire exécutif de l’UFR, Saikou Yaya Barry, livre un témoignage profondément personnel. Dans cet hommage, il évoque non seulement le parcours d’un homme politique, mais surtout la relation qui l’unissait à un mentor, un guide et un chef qu’il dit n’avoir jamais abandonné ses hommes.
« Ces mots sont terriblement difficiles à écrire. »
Dès les premières lignes de son hommage, Saikou Yaya Barry laisse apparaître toute la douleur provoquée par la disparition de Sidya Touré.
Pour lui, il ne s’agit pas simplement de parler d’un ancien Premier ministre ou du président de l’Union des forces républicaines (UFR). Il s’agit de rendre hommage à un homme qui a profondément marqué son parcours, ses convictions, son engagement et, surtout, sa manière de voir la Guinée.
Pendant 26 ans, leurs chemins ne se sont pratiquement pas séparés.
Saikou Yaya Barry rappelle avoir fait partie de ceux qui avaient encouragé Sidya Touré à s’engager en politique après son passage à la Primature. Au fil des années, il a lui-même assumé plusieurs responsabilités au sein de l’UFR : secrétaire général des jeunes du parti, inspecteur politique, coordinateur général, puis secrétaire exécutif.
Vingt-six années de proximité, de combats politiques, de moments de doute, mais aussi de fidélité.
« 26 années de combats. 26 années de convictions. 26 années de fidélité », écrit-il.
Et lorsqu’il regarde aujourd’hui ces années derrière lui, Saikou Yaya Barry ne semble rien regretter.
« Et si c’était à refaire, nous n’hésiterions pas une seule seconde. »
Plus qu’un leader, un homme qui a marqué des vies
Au fil de son témoignage, l’ancien député ne parle pas seulement de politique. Il parle d’une relation humaine.
Sidya Touré était, à ses yeux, un référent, mais aussi un homme qui savait transmettre. Il dit avoir appris auprès de lui à aimer davantage la Guinée et à croire qu’un autre avenir était possible pour le pays.
Une conviction revenait souvent, selon lui : la Guinée mérite mieux et il est possible de lui donner mieux.
Dans les moments importants de la vie politique et démocratique du pays, ses conseils étaient précieux, raconte Saikou Yaya Barry. Mais ce qui reste surtout dans sa mémoire, c’est la dimension humaine de celui qu’il appelait « Président ».
« Le Président Sidya Touré a été de tous les combats », écrit-il.
Puis il ajoute, comme pour faire une distinction essentielle : au-delà de l’homme politique, il veut se souvenir de l’homme.
« Il pouvait perdre une maison, mais pas des enfants guinéens »
Parmi les souvenirs qui lui reviennent, Saikou Yaya Barry raconte un épisode particulièrement marquant.
Un jour, alors que la résidence de Sidya Touré devait être prise, des jeunes s’étaient mobilisés pour tenter de s’y opposer. La tension était forte et certains étaient prêts à en découdre.
Mais Sidya Touré aurait choisi une autre voie.
« Rentrez chez vous, car je ne veux pas avoir sur ma conscience que, pour ma maison, des Guinéens ont perdu leur vie. Fodé restera pour les recevoir », leur aurait-il dit.
Pour Saikou Yaya Barry, cette phrase dit beaucoup de l’homme qu’était Sidya Touré.
Il aurait pu défendre sa maison jusqu’au bout. Il aurait pu laisser la colère prendre le dessus. Mais, dans le récit de son ancien collaborateur, une chose comptait davantage : éviter que des jeunes Guinéens paient de leur vie un conflit politique.
« Il pouvait accepter de perdre une maison, mais pas d’accepter que la Guinée perde ses enfants », résume-t-il.
« Dans mes moments les plus difficiles, il était là »
L’hommage devient encore plus personnel lorsque Saikou Yaya Barry évoque les épreuves qu’il a lui-même traversées.
Il se souvient de sa députation, de son exil, du décès de sa mère, de son passage en prison et de son hospitalisation.
Dans ces moments difficiles, dit-il, Sidya Touré n’était pas seulement le chef du parti.
Il était là.
Deux mots simples, mais qui semblent résumer toute la place occupée par l’ancien Premier ministre dans sa vie.
C’est aussi pour cette raison que Saikou Yaya Barry dit ressentir aujourd’hui un vide difficile à combler.
« Je ne perds pas seulement un référent politique. Je perds un mentor. Je perds un guide. Je perds un chef. Je perds un homme qui n’abandonnait pas ses hommes. »
Puis vient une autre image : celle du « chef d’orchestre », celui qui savait rassembler, orienter et accompagner les hommes autour de lui.
Un héritage qui dépasse la politique
Dans son témoignage, Saikou Yaya Barry insiste également sur une autre dimension de l’héritage de Sidya Touré.
Il ne retient pas seulement les batailles électorales ou les combats politiques. Il retient surtout la volonté de transmettre.
À ses yeux, Sidya Touré voulait mettre son expérience au service de la République et contribuer à faire émerger une nouvelle génération de cadres guinéens capables de réfléchir au développement du pays et d’assumer des responsabilités.
C’est pourquoi, au milieu de la douleur, son hommage laisse aussi une grande place à la gratitude.
« Merci pour les combats. Merci pour les conseils. Merci pour la confiance. Merci pour les sacrifices. Merci d’avoir cru en la Guinée. »
Et surtout :
« Merci d’avoir transmis à tant d’entre nous cette passion de la République et cet amour profond de notre pays. »
« Votre mission continuera de vivre à travers ceux que vous avez formés »
Pour Saikou Yaya Barry, la mort de Sidya Touré ne signifie pas la disparition de ce qu’il a transmis.
« Votre mission ne s’arrête pas avec votre départ. Elle continuera de vivre à travers ceux que vous avez formés, inspirés et convaincus », écrit-il.
Une manière de dire que, pour ceux qui l’ont accompagné, l’héritage de Sidya Touré ne se résume pas à une carrière politique. Il se trouve aussi dans les hommes et les femmes qu’il a accompagnés, conseillés et encouragés.
Aujourd’hui, Saikou Yaya Barry reconnaît avoir le cœur lourd.
Mais, au milieu de la tristesse, il revendique une autre émotion : la fierté.
« Je suis fier d’avoir marché à vos côtés pendant 26 années. Fier de vous avoir servi. Fier d’avoir partagé vos combats. »
Et comme une dernière promesse faite à celui qui fut son mentor, il écrit :
« Et si c’était à refaire… Je le referais. Avec la même conviction. Avec la même fidélité. Avec le même amour de la Guinée. »
Puis viennent les derniers mots, simples et profondément personnels :
« Merci, Président.
Merci, l’Homme d’État.
Merci, le Coach. »
Et enfin :
« Que votre âme repose en paix, Président Sidya Touré. Vous avez consacré votre vie à la Guinée. Vous avez cru en elle. Vous vous êtes battu pour elle. Et aujourd’hui, la Guinée dans sa majorité vous pleure. Reposez en paix, Président. Merci pour tout. »
Hon. Saikou Yaya Barry
Ancien député, ancien président de la Commission Communication et des NTIC, secrétaire exécutif de l’UFR







































