Mamou. Il est un peu plus d’une heure du matin lorsque le silence de Diarabaka, une localité située à une dizaine de kilomètres de la commune urbaine de Mamou, est brutalement déchiré par un fracas assourdissant. Dans l’obscurité de cette portion de la route nationale Mamou-Kindia, un véhicule de transport en commun en provenance de Conakry vient d’entrer en collision avec un camion-remorque. En quelques secondes, le voyage se transforme en cauchemar.
À l’aube, les traces du drame sont encore visibles. La chaussée porte les stigmates d’un choc d’une violence extrême. Les débris métalliques sont dispersés sur plusieurs mètres, tandis que les secours et les forces de sécurité s’activent autour des carcasses des véhicules. Les visages sont fermés. Les regards, lourds. Chacun comprend que cette nuit restera gravée dans la mémoire de Mamou.
À bord du minibus, des hommes, des femmes et des enfants avaient quitté Conakry avec l’espoir de retrouver leurs proches à Sannoun, dans la préfecture de Labé. Beaucoup profitaient de la fin du week-end pour rentrer au village. Aucun d’entre eux n’imaginait que le voyage s’arrêterait à Diarabaka.
Les premières constatations évoquent un excès de vitesse comme principale cause de l’accident. Après l’impact, le camion-remorque aurait littéralement chevauché le véhicule de transport, écrasant ses occupants et ne leur laissant pratiquement aucune chance de survie.
Le bilan est terrible : quinze morts et un blessé grave. Quinze familles plongées dans une douleur indicible. Quinze destins interrompus au cœur de la nuit.
À l’hôpital régional de Mamou, la morgue devient rapidement le centre d’une immense détresse. Des parents affluent de toutes parts. Certains arrivent dans un silence pesant, d’autres s’effondrent en découvrant la liste des victimes. Les cris, les pleurs et les prières se mêlent dans la cour de l’hôpital, où chacun espère encore reconnaître un visage, obtenir une information, retrouver un proche.
« Les victimes sont en majorité originaires de la sous-préfecture de Sannoun », explique, la voix empreinte d’émotion, Elhadj Amadou Kolon Barry, inspecteur régional des Affaires religieuses de Mamou. Selon lui, sept femmes figurent parmi les personnes décédées, ainsi que plusieurs enfants. « Après la collision, le camion-remorque est monté sur le véhicule. C’est ce qui explique l’ampleur de cette tragédie », confie-t-il.
Face à l’état de plusieurs dépouilles, les autorités administratives, en accord avec les familles ainsi qu’avec les responsables des régions de Mamou, Labé et Conakry, prennent une décision difficile : les victimes seront inhumées sur place, au cimetière de Poudrière, après la prière de 14 heures.
Sous un soleil écrasant, les cercueils s’alignent lentement. Les familles, venues parfois après plusieurs heures de route, accompagnent leurs disparus dans un recueillement bouleversant. Les larmes coulent sans retenue. Les prières montent vers le ciel. Chacun tente de trouver des mots face à une douleur que rien ne semble pouvoir apaiser.
« Nous présentons nos sincères condoléances aux familles des victimes, à la population de Labé et à toute la Guinée », déclare Elhadj Amadou Kolon Barry, avant de rejoindre les fidèles rassemblés pour la prière funéraire.
Pendant que les victimes sont conduites à leur dernière demeure, une autre course commence. Celle des enquêteurs, chargés de reconstituer le fil des événements. Le chauffeur du camion-remorque, qui a pris la fuite juste après la collision, est activement recherché par les services de sécurité. Une enquête judiciaire a été ouverte afin d’établir les responsabilités.
Mais au-delà des circonstances précises de cet accident, c’est une réalité plus profonde qui ressurgit. Celle d’un pays où les routes continuent de tuer presque quotidiennement. Excès de vitesse, véhicules vétustes, surcharges, insuffisance des contrôles, infrastructures dégradées : les causes sont connues, les rapports se succèdent, les drames aussi.
À Mamou, cette tragédie n’est malheureusement pas un fait isolé. Elle vient rallonger une liste déjà trop longue d’accidents meurtriers qui endeuillent régulièrement les familles guinéennes. À chaque fois, les mêmes images reviennent : des véhicules broyés, des hôpitaux débordés, des funérailles précipitées et des promesses de renforcement de la sécurité routière.
Lorsque les derniers proches quittent le cimetière de Poudrière en cette fin d’après-midi du 29 juin, le calme revient progressivement. Mais derrière le silence retrouvé, quinze familles repartent avec un vide que rien ne pourra combler. Sur la route nationale Mamou-Kindia, la circulation reprend. Comme si de rien n’était. Pourtant, pour les proches des victimes, cette route ne sera plus jamais une simple voie de passage. Elle restera le lieu où leurs vies ont basculé à jamais.
Amadou Diallo




































