Au lendemain du 69ᵉ Sommet ordinaire de la CEDEAO, tenu le 19 juillet 2026 à Freetown, une évidence s’impose : l’organisation ouest-africaine traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire. Contestée par une partie de ses peuples, fragilisée par le départ de plusieurs États et confrontée à une succession de crises politiques et sécuritaires, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest semble aujourd’hui en quête d’une nouvelle légitimité.
C’est dans ce contexte qu’intervient la réflexion d’Abdoul Sacko, coordinateur national du Forum des Forces sociales de Guinée (FFSG). Au-delà d’une simple critique, son analyse met le doigt sur ce qui apparaît désormais comme le véritable mal de la CEDEAO : le fossé grandissant entre les principes proclamés lors des sommets et leur application sur le terrain.
Depuis sa création, la CEDEAO s’est dotée d’impressionnants instruments juridiques. Protocoles sur la démocratie, la bonne gouvernance, la libre circulation, la paix et la sécurité, mécanismes de prévention des conflits… Sur le papier, l’organisation possède l’un des cadres institutionnels les plus avancés du continent africain. Pourtant, les crises successives ont démontré que ces textes restent souvent lettre morte lorsque les intérêts politiques nationaux prennent le dessus.
Comme le souligne Abdoul Sacko, la crédibilité de la CEDEAO ne se construit pas uniquement dans les salles de conférence de Freetown, d’Abuja ou d’Accra. Elle se construit d’abord dans chacun des États membres, à travers le respect de l’État de droit, la transparence des institutions et la responsabilité des gouvernants envers leurs citoyens.
Cette observation mérite d’être entendue. Car une organisation régionale ne peut être plus forte que les États qui la composent. Lorsqu’un pays traverse une crise institutionnelle, lorsque les règles démocratiques deviennent variables selon les intérêts du moment ou lorsque les décisions communautaires sont appliquées à géométrie variable, c’est toute la crédibilité de l’institution qui s’effrite.
Les peuples ouest-africains, eux, semblent avoir changé de regard. Les grandes déclarations diplomatiques ne suffisent plus. Les citoyens attendent désormais des résultats palpables : une meilleure sécurité, une intégration économique réelle, une libre circulation effective, une justice équitable et des institutions capables de protéger leurs droits sans distinction.
Le défi est immense. La CEDEAO ne manque ni de traités ni de résolutions. Ce qui lui fait défaut, c’est une volonté politique constante et partagée de respecter les engagements librement souscrits. Tant que cette cohérence ne sera pas rétablie, chaque sommet risque de produire davantage de communiqués que de véritables avancées.
L’avenir de l’organisation dépend donc moins de nouvelles réformes institutionnelles que d’un changement profond de comportement des dirigeants eux-mêmes. La confiance des populations ne se décrète pas ; elle se gagne par l’exemple, la constance et le respect de la parole donnée.
La CEDEAO reste indispensable pour l’avenir de l’Afrique de l’Ouest. Mais elle ne retrouvera toute son autorité que lorsque ses dirigeants accepteront d’appliquer chez eux les principes qu’ils défendent devant leurs pairs. Sans cette cohérence, les ambitions d’intégration régionale risquent de demeurer un idéal, tandis que les peuples continueront de s’éloigner d’une institution qu’ils jugent de moins en moins capable de répondre à leurs aspirations.
Abdoul Chaolis Diallo






































