Chronique :
Il suffit d’un détour par la route nationale Labé-Conakry pour comprendre ce que signifie réellement le mot « calvaire » en Guinée. Ce n’est plus une voie de circulation, c’est une tranchée à ciel ouvert, un piège mécanique pour véhicules et une torture morale pour chauffeurs et passagers. Depuis des semaines, l’axe est dans un état de délabrement tel que les préfectures de Labé, Pita et Dalaba semblent reléguées à la marge de la République.
À Dalaba, des centaines de camions sont pris au piège. Leurs cargaisons attendent, tout comme les conducteurs, parfois bloqués quatre jours d’affilée, à la merci des intempéries, de l’insécurité et de la fatigue. Une scène surréaliste qui, pourtant, se répète quotidiennement. Ce n’est plus une crise ponctuelle, c’est une impasse chronique.
Du côté du syndicat CNTG de Labé, l’indignation est palpable. Mamadouba Banks Camara, chargé des conflits et négociations, en a la voix tremblante : « Nous avons honte de parler devant nos chauffeurs, car ils souffrent énormément. » Le syndicat est même allé jusqu’à mettre la main à la poche pour reprofiler un tronçon à Bouliwel. Un geste désespéré, faute d’intervention étatique.
Mais c’est à Thiankoun que la route devient infranchissable. Là où l’asphalte s’efface, les illusions aussi. « C’est une honte pour le pays », tonne Camara. Et comment ne pas lui donner raison ? Quand plus de 500 camions sont à l’arrêt, ce n’est pas seulement une entrave logistique, c’est toute une économie qui étouffe.
Car la route Labé-Conakry, ce n’est pas un simple ruban d’asphalte entre deux villes : c’est l’épine dorsale du commerce régional, le trait d’union entre l’arrière-pays et la capitale, le souffle de vie de milliers de foyers. Sa paralysie actuelle menace non seulement les circuits d’approvisionnement, mais aussi l’unité nationale elle-même.
Dans un pays où l’on parle de refondation et d’émergence, l’inaction sur un axe aussi crucial est un non-sens. Les autorités ont été alertées, à plusieurs reprises. Elles ne peuvent plus dire qu’elles ne savaient pas. L’appel des transporteurs n’est pas un simple cri d’alerte, c’est un baroud d’honneur.
À ce rythme, la route Labé-Conakry risque de devenir le symbole d’un État qui regarde ailleurs pendant que le pays s’enlise.
Algassimou L Diallo





































