CONAKRY – Le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A) a fixé au 15 septembre la rentrée des classes pour l’année scolaire 2025-2026. Mais une enquête menée par notre rédaction révèle un visage bien moins reluisant de cette reprise : des établissements délabrés, des classes bondées et des parents étranglés par les frais.
À première vue, la rentrée s’annonce festive : cahiers neufs, uniformes repassés et espoir d’un avenir meilleur. « Envoyer mon fils à l’école, c’est lui donner une chance de réussir là où moi j’ai échoué », témoigne Mariama, vendeuse au marché de Madina.
Mais derrière les sourires forcés, la réalité est brutale. Dans plusieurs écoles de Conakry et de l’intérieur, les salles de classe menacent ruine. À Koloma, une école primaire compte 80 élèves par salle prévue pour 40. « Comment voulez-vous enseigner correctement dans ces conditions ? », lâche un instituteur, amer.
À cette crise structurelle s’ajoute le fardeau financier. Cahiers, uniformes, frais annexes : une facture qui explose. « Pour mes deux enfants, j’ai déjà dépensé plus d’un million de francs guinéens. Et ce n’est pas fini », confie Alpha, chauffeur de taxi, la voix fatiguée.
Plus alarmant encore, nos reporters ont constaté que dans certaines localités rurales, les enfants s’apprêtent à reprendre les cours… sous des paillotes effondrées ou à ciel ouvert. Une rentrée annoncée en grande pompe, mais qui se prépare dans des conditions que certains qualifient de « rentrée du désespoir ».
Pour de nombreux observateurs, la question dépasse la simple ouverture des classes. « Sans un investissement massif et une réelle volonté politique, on ne parle pas de rentrée scolaire, mais de survie scolaire », avertit un responsable d’association de parents d’élèves.
Le scoop, c’est donc celui-ci : derrière le discours officiel du gouvernement, la Guinée s’apprête à vivre une rentrée scolaire où l’inégalité des chances, la précarité des infrastructures et la lassitude des enseignants risquent d’étouffer tout espoir de progrès.
Et pourtant, dans les yeux des élèves rencontrés à Kipé, on lit toujours une étincelle. « Nous allons reprendre la route de l’école, mais l’école, elle, a besoin d’être sauvée », résume un lycéen. Une vérité crue, à la veille d’une rentrée qui sonne plus comme un cri d’alarme national que comme une célébration.
Amadou Diallo






































