À Maferinyah, la pelleteuse est de retour. Depuis le 26 août, une vaste opération de déguerpissement a été lancée sur le tronçon reliant le centre à Singuélen. Vingt-neuf kilomètres de route en chantier, vingt-neuf kilomètres de sacrifices consentis par une population qui, cette fois-ci, n’a pas choisi la confrontation mais la discipline.
On connaît trop bien, en Guinée, les tensions que suscitent les déguerpissements. Entre incompréhension et colère, ces opérations se transforment souvent en affrontements. À Maferinyah, le scénario est différent. Le marquage des emprises avait été fait dès le début de 2025, les habitants avaient été avertis. Cette pédagogie préalable explique sans doute le calme qui entoure l’opération : certains ont même quitté les lieux avant l’arrivée des engins.
Il faut le dire : les constructions anarchiques qui étouffent nos routes sont une plaie pour le pays. Comment parler de développement quand les infrastructures de base restent engorgées par des maisons bâties sans plan ni règle ? Le gouvernement, via le ministère de l’Habitat, a choisi d’aller au bout de ce chantier. Et à Maferinyah, la population a compris qu’il n’y a pas de modernité sans ordre.
Ce n’est pas seulement une route que l’on dégage, c’est une vision que l’on trace. Une Guinée où les communes aspirent à la modernité, où l’espace public cesse d’être grignoté par l’anarchie. Certes, le prix est lourd pour certains ménages contraints de céder leurs murs. Mais le bénéfice collectif est immense : une voie élargie, réhabilitée, porte d’entrée pour les investissements miniers et le désenclavement de la localité.
Le président de la délégation spéciale l’a dit avec justesse : « Maferinyah mérite mieux. » Oui, elle mérite des routes modernes, des infrastructures solides, une structuration qui prépare l’avenir. Le courage de ses habitants, qui ont choisi la discipline au détriment de la contestation, montre que ce pari est possible.
Reste maintenant au gouvernement de transformer ce sacrifice en véritable progrès. Car chaque maison détruite crée une attente : celle d’un État qui bâtit plus qu’il ne démolit.
Saliou Keita






































