La Banque centrale a remis en circulation de nouveaux billets. Une annonce qui, en apparence, devrait soulager des millions de Guinéens épuisés par des semaines de files d’attente et de frustrations devant les guichets. Mais derrière ce geste technique, se cache une question autrement plus lourde : celle de la confiance dans notre monnaie et dans notre système bancaire.
El Hadj Amadou Tidiane Koula Diallo, figure respectée et président de l’Association des cambistes de Guinée, l’a rappelé avec clarté : il n’y a jamais eu de « crise de liquidité » au sens strict. Le franc guinéen n’a pas disparu, il circule… mais hors du circuit bancaire. Autrement dit, les Guinéens thésaurisent, stockent, échangent en dehors des banques, alimentant une pression artificielle sur les retraits et renforçant la méfiance générale.
C’est ici que réside le vrai danger : l’arrivée de nouveaux billets, si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de bancarisation massive et d’une régulation ferme des frais bancaires, risque d’aggraver l’inflation. Plus de billets en circulation, ce n’est pas nécessairement plus de richesse. C’est parfois le contraire : plus de désordre, plus de spéculation, plus d’insécurité.
Le président des cambistes appelle justement à la prudence : ouvrir un compte, privilégier les virements, limiter le cash. Derrière ce conseil pratique, c’est un appel à moderniser nos habitudes financières. Tant que les transactions se feront en valises de billets, les braquages prospéreront, les prix s’envoleront et la monnaie guinéenne restera fragilisée.
Les autorités doivent entendre ce cri d’alarme. Surveiller les frais bancaires, encourager les paiements numériques, sécuriser le système financier : voilà les réformes qui donneront un sens à l’impression de nouveaux billets. Sinon, nous ne ferons que nourrir les vieux démons de l’économie guinéenne.
Amadou Diallo






































