Conakry – La joute verbale autour du projet de nouvelle constitution continue d’enflammer la scène politique guinéenne. À peine les propos du président du Bloc libéral, Faya Millimouno, relayés dans les médias, qu’une réplique cinglante est venue de l’ancien ministre de la Communication, Alhousseiny Makanera Kaké. Le président du Front national pour le développement (FND) s’est empressé de démonter point par point les arguments de son adversaire.
« Faya a le mérite d’avoir lancé le débat, mais sa prestation est une véritable déception. Ce qu’il dit frise même le mensonge », lâche Makanera, visiblement agacé. Au cœur de la polémique : les pouvoirs accordés au président de la République dans le projet de constitution.
Selon le leader du FND, son contradicteur n’a « peut-être jamais touché le texte » ou alors agit « de mauvaise foi ». Pour appuyer son propos, il cite l’article 65, qui précise que les nominations présidentielles doivent se faire sur la base de la compétence, de la probité et de la représentation territoriale. « Contrairement à ce que dit Faya, la nouvelle constitution est même plus avancée que celle de la France », insiste-t-il, rappelant que chez l’ancienne puissance coloniale, le pouvoir de nomination n’est encadré que par une simple disposition générale.
Le débat s’étend ensuite à la gratuité de l’éducation. Pour Makanera, le texte innove en rendant obligatoire la scolarisation des enfants de 5 à 17 ans, sous peine de sanction pour les parents. « Voir des enfants vendre dans la circulation au lieu d’être en classe devient un acte criminel », martèle-t-il. Et d’ajouter : « Faya confond texte et réalité. Le projet de constitution garantit la gratuité, mais son application dépend de l’État. On ne peut pas en tenir rigueur au colonel Doumbouya qui n’était pas là avant ».
Quant à la stabilité constitutionnelle, l’ancien ministre tourne en dérision les propos de son adversaire. « Faya n’a qu’à nous dire s’il a des canaux pour communiquer avec Dieu afin de connaître combien de temps un président restera au pouvoir », ironise-t-il. Pour lui, l’instabilité ne réside pas dans l’alternance à la tête de l’État, mais dans la révision fréquente des lois fondamentales.
Ainsi, le duel Millimouno-Makanera illustre une fois de plus l’intensité du débat politique guinéen autour d’un texte qui divise profondément les élites, chacun y voyant tantôt un progrès, tantôt un danger.
Amadou Diallo






































