Dans un paysage politique guinéen saturé de leaders accrochés à leurs fauteuils comme à des reliques, le geste du Dr Faya Milimouno a valeur de symbole. Le président fondateur du Bloc Libéral (BL) a annoncé qu’il ne briguera pas un troisième mandat à la tête de son parti lors du congrès d’octobre 2025. Une décision rare, presque révolutionnaire dans une culture où la présidence d’un parti ressemble trop souvent à une propriété privée, parfois léguée comme un héritage familial.
Ce choix n’est pas un retrait. Bien au contraire. Faya Milimouno reste fidèle à son ambition ultime : accéder à la magistrature suprême et offrir à la Guinée l’alternance réelle qu’elle appelle de ses vœux depuis des décennies. Mais il entend le faire en prêchant par l’exemple : « Si je dis aux Guinéens que je suis un homme de parole, il faut que je le leur prouve », martèle-t-il.
Là où beaucoup s’éternisent, il trace une ligne claire : deux mandats et pas un de plus. Il rappelle ainsi les promesses trahies d’Alpha Condé, qui jurait de respecter la Constitution avant de la violer pour obtenir son troisième mandat. En se retirant volontairement, Milimouno veut démontrer qu’on peut incarner la rupture sans manipuler les règles du jeu.
Certains le soupçonnent de manœuvrer pour un poste au sein du gouvernement de transition. Lui balaie ces rumeurs d’un revers de main : « Le seul poste qui m’intéresse, c’est celui de président de la République, si les Guinéens m’accordent leur confiance. » Le reste n’est que distraction.
Au-delà de son cas personnel, le leader du BL pose une question essentielle : combien de partis meurent avec leurs fondateurs ? Du PDG de Sékou Touré au RPG d’Alpha Condé, l’histoire guinéenne est remplie de formations politiques qui s’effondrent dès que disparaît leur chef charismatique. Faya Milimouno dit vouloir épargner ce sort au BL.
En renonçant à s’accrocher au pouvoir interne, il envoie un message fort à ses militants et à tous les Guinéens : l’alternance commence dans les partis, avant de s’imposer dans les institutions. Reste à savoir si cet acte isolé inspirera d’autres leaders, ou s’il restera une exception dans une classe politique habituée aux promesses trahies.
Amadou Diallo






































