Le 9 septembre, dans la salle d’audience du tribunal de Coyah, l’ambiance avait des allures de scène de théâtre. À la barre, Mohamed Seydou Bangoura, plus connu sous son nom d’artiste « Singleton », écoutait les réquisitions qui scellent désormais son destin : reconnu coupable d’homicide involontaire dans l’accident ayant coûté la vie à Elhadj Mohamed Lamine Traoré, sexagénaire fauché fin août à Toguiron.
Mais ce jour-là, plus que le verdict, ce sont les mots du maître Salifou Béavogui, avocat de la partie civile, qui ont électrisé la salle. Le célèbre chanteur de dancehall n’était plus seulement un artiste adulé, mais l’incarnation d’un excès, d’une réussite trop voyante, trop bruyante, mal portée dans un pays où la pauvreté reste la norme.
« Une voiture de 800 millions, c’est une maison pour nous autres », lançait l’avocat, fustigeant les excès d’un homme qui, selon lui, a pris l’habitude de transformer l’espace public en terrain privé. Dans ses mots résonnait une colère sourde : celle de voir un artiste, enfant du peuple, se perdre dans la frénésie des réseaux sociaux et des cortèges tape-à-l’œil, oubliant la modestie que réclame son statut.
Singleton, symbole malgré lui de cette ascension fulgurante à la guinéenne – où l’on peut passer du néant à la célébrité du jour au lendemain –, est désormais rattrapé par une vérité implacable : l’homme n’est rien, et la gloire encore moins lorsqu’elle se fracasse contre la justice.
« Singleton est dans une situation qu’il a voulue lui-même », a conclu Béavogui, rappelant que Dieu, parfois, ne renvoie pas les comptes à l’au-delà, mais les fait payer ici et maintenant.
Ce procès dépasse donc le seul cas d’un accident dramatique. Il pose une question plus vaste : celle de la responsabilité des figures publiques dans une société où chaque excès, chaque arrogance, finit par devenir un miroir des frustrations collectives. Singleton a chanté la rue ; aujourd’hui, c’est la rue qui le juge, par la voix d’une justice qui, pour une fois, n’a pas cédé à la célébrité.
Algassimou L Diallo






































