À quelques jours du référendum constitutionnel, une voix singulière s’élève dans le tumulte politique guinéen : celle des retraités, civils comme militaires, veuves et anciens du troisième âge. Loin d’être des spectateurs passifs, ils s’érigent en acteurs de premier plan, assumant leur part d’histoire et de responsabilité dans le choix de l’avenir.
Réunis sous la bannière de leur fédération, ces figures de mémoire ont exprimé un soutien franc au projet de nouvelle constitution. À leur tête, Eladj Ousmane Sylla, dit RDA, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, le « Oui » n’est pas une formalité juridique, mais un message puissant : Organisation, Union, Internationale. Une équation simple, presque pédagogique, mais qui dit tout d’une volonté de bâtir un socle commun.
La référence à 1958 n’est pas anodine. Alors que beaucoup de Guinéens redécouvrent cette page fondatrice à travers les livres, M. Sylla l’a vécue. Le « Non » d’alors a ouvert la voie à l’indépendance. Le « Oui » d’aujourd’hui, selon lui, doit ouvrir celle de la consolidation démocratique. Une vision qui interpelle, dans un contexte où le pays cherche encore son équilibre institutionnel.
L’éditorialiste ne peut ignorer, cependant, la mise en garde implicite contenue dans son discours : la République ne se consolide pas seulement par des réformes visibles — féminisation du gouvernement, équipements administratifs — mais aussi par la valorisation de l’expérience et de la mémoire collective. Quand M. Sylla plaide pour confier le Sénat aux anciens, il rappelle qu’une nation ne grandit pas en tournant le dos à ses bâtisseurs.
En vérité, ce référendum ne sera pas qu’un exercice de vote. Il sera une confrontation entre générations, mémoires et visions d’avenir. Que les anciens choisissent de s’impliquer est un signal fort : la Guinée n’écrit pas une page blanche, elle inscrit une continuité. Et le pays aurait tort de ne pas tendre l’oreille à ceux qui, hier déjà, ont su dire « Non » pour l’indépendance, et qui aujourd’hui disent « Oui » pour l’avenir.
Alpha Amadou Diallo






































