Chronique :
Chaque 6 octobre, la planète s’arrête un instant pour réfléchir à la manière dont nous habitons nos villes. La Journée mondiale de l’Habitat, instituée par les Nations Unies, prend cette année une résonance particulière en Guinée, où le thème — « Répondre aux crises urbaines » — sonne comme un avertissement autant qu’un appel à l’action.
Car oui, la Guinée vit aujourd’hui les effets visibles d’une urbanisation galopante, parfois anarchique, où les constructions s’étendent plus vite que les plans, et où les bidonvilles côtoient les immeubles flambant neufs. De Conakry à Kankan, en passant par Boké ou Labé, les villes ploient sous le poids d’une croissance démographique mal maîtrisée. Le résultat ? Une pression foncière insoutenable, des quartiers mal desservis, des routes impraticables, et un environnement qui paie le prix fort.
Face à cette réalité, le ministre de l’Urbanisme, Mory Condé, a choisi cette journée symbolique pour tirer la sonnette d’alarme. Dans une déclaration empreinte de lucidité, il a insisté sur la nécessité de « repenser la gestion urbaine afin de garantir un cadre de vie décent à tous les citoyens ». Une phrase simple, mais lourde de sens dans un pays où la question du logement se confond souvent avec celle de la survie.
Le ministre reconnaît d’ailleurs que la concentration des activités économiques dans les centres urbains — particulièrement dans les zones minières — alimente un exode massif vers les villes. Ce flux continu provoque un déséquilibre territorial et met à rude épreuve les infrastructures existantes. « Nos villes subissent les effets directs d’une urbanisation rapide : pressions foncières, dégradation de l’environnement et occupations désordonnées du sol », a-t-il déploré.
Mais au-delà du constat, Mory Condé veut croire à une transformation possible. Il évoque avec assurance des « réformes structurelles profondes » en cours, visant à transformer ces crises en opportunités. Dans son viseur : trois grands chantiers. D’abord, la politique urbaine nationale, censée offrir une vision cohérente du développement des villes. Ensuite, la politique foncière nationale, pour mettre fin aux spéculations et instaurer une gestion plus équitable du sol. Enfin, les schémas directeurs d’urbanisation des grandes agglomérations, afin de mieux encadrer la croissance spatiale du pays.
Ambitieux, certes. Mais ces outils ne suffiront pas sans une volonté politique constante et un suivi rigoureux. Car la planification urbaine, en Guinée, a trop souvent été victime de l’improvisation, des intérêts privés et de l’absence de vision à long terme.
L’espoir, cependant, renaît timidement avec la nouvelle Constitution, adoptée le 21 septembre dernier, qui consacre le droit au logement décent comme un principe fondamental. Un symbole fort, si et seulement si la promesse se traduit en actes concrets.
À travers sa déclaration, Mory Condé envoie un message clair : le gouvernement veut faire de l’urbanisme et de l’habitat des leviers de développement durable. Mais entre la volonté et la réalité, le fossé reste grand. Car répondre aux crises urbaines, ce n’est pas seulement bâtir des maisons — c’est repenser la manière même de vivre ensemble.
Et en Guinée, cette réflexion ne peut plus attendre.
Sibé Fofana






































