Conakry, le 23 octobre 2025 — L’organisation internationale Amnesty International a rendu public, ce jeudi à Conakry, un rapport accablant mettant en lumière de graves abus commis à l’encontre des travailleurs dans les plantations liées à la Société guinéenne de palmiers à huile et d’hévéa (Soguipah), une entreprise publique.
Lors de la présentation du rapport, Fabian Hoffner, chercheur principal d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Union européenne, a interpellé les autorités guinéennes, les invitant à ouvrir sans délai une enquête complète, objective et indépendante sur les abus documentés, ainsi que sur d’éventuels cas similaires.
« Cette enquête devra garantir la confidentialité des informations recueillies et la protection des travailleurs contre toute forme de représailles », a-t-il insisté.
L’organisation de défense des droits humains recommande par ailleurs l’adoption d’une loi sur le devoir de vigilance, afin de prévenir les atteintes aux droits humains et les préjudices environnementaux.
« Ce devoir de vigilance doit s’appliquer particulièrement aux sociétés mères et couvrir les activités de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs », précise le rapport.
Des revendications claires sur les conditions de travail
Amnesty International appelle également à l’application immédiate du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), non seulement pour les employés de la Soguipah, mais aussi sur l’ensemble du territoire national, conformément à l’article 241-7 du Code du travail et aux conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) ratifiées par la Guinée.
« Il est essentiel que les travailleurs de la Soguipah et des plantations familiales perçoivent une rémunération leur permettant de vivre dignement, eux et leurs familles », souligne le rapport.
L’organisation exhorte les autorités à garantir les droits fondamentaux des travailleurs, conformément au droit international et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle invite également l’Inspection générale du travail à effectuer des missions de contrôle régulières sur les sites de la Soguipah, comme le prévoit le Code du travail, afin de vérifier la réalité des conditions de travail.
Responsabilité de l’entreprise pointée du doigt
Amnesty International demande à la Soguipah de se conformer aux Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, notamment en mettant en œuvre une procédure de diligence raisonnable pour identifier, prévenir et atténuer les impacts potentiels de ses activités sur les droits humains.
« Nous insistons sur la nécessité pour la Soguipah de garantir, sans délai, l’application du SMIG, d’assurer un prix d’achat équitable aux producteurs familiaux, de rendre publics les contrats commerciaux, et de fournir aux travailleurs exposés à des produits nocifs des équipements de protection adéquats », a ajouté Hoffner.
Enfin, Amnesty International exhorte la Soguipah et les autorités guinéennes à créer un environnement favorable à la liberté d’expression et aux revendications légitimes des travailleurs, dans le respect du droit national et international.
Marliatou Sall




































