Édito :
Lors des obsèques d’Elhadj Mamoudou Camara, figure morale et spirituelle de la Basse-Guinée, la voix d’un autre sage s’est élevée, ferme et lucide. Elhadj Alseny Barry, président de la Coordination Fulbhe et Haali Pular de Guinée, a prononcé un discours qui résonne comme un cri du cœur pour la survie de la cohésion nationale.
Face aux représentants des différentes coordinations régionales et en présence du Premier imam de la Grande Mosquée Fayçal, Elhadj Mamadou Saliou Camara, le leader peul n’a pas mâché ses mots : « Nous devons l’admettre, c’est nous les coordinations qui gâtons le pays. » Une confession rare, d’autant plus courageuse qu’elle émane d’un des gardiens de la sagesse traditionnelle.
Ce discours est plus qu’une mise en garde : c’est une interpellation collective. En dénonçant la prolifération de nouvelles coordinations régionales — souvent autoproclamées, parfois manipulées — Elhadj Barry rappelle un principe simple mais vital : l’équilibre de la Guinée repose sur le respect des structures légitimes, héritées de l’histoire et reconnues par les sages.
« Au moment du décès d’Elhadj Sékhouna, il ne reconnaissait que quatre coordinations », a-t-il rappelé. Quatre piliers, quatre régions, quatre repères dans une Guinée qui, aujourd’hui, vacille sous le poids des divisions identitaires et des ambitions locales.
Avec une pointe d’ironie, mais aussi une inquiétude sincère, il a averti : « Si vous reconnaissez une coordination, je vais aussi reconnaître une autre. » Une phrase qui résume tout le risque de dérive : celui d’un pays fragmenté par la surenchère des légitimités régionales, où chaque groupe prétendrait parler au nom de la tradition.
Dans un contexte où les tensions communautaires se réactivent sous des prétextes politiques ou religieux, la parole d’Elhadj Alseny Barry prend une portée nationale. Elle sonne comme un rappel à l’ordre : la sagesse n’a de valeur que si elle sert la paix.
« Si nous commençons à multiplier les coordinations, chacun ira créer la sienne, et nous finirons par tout détruire », a-t-il martelé, avant d’appeler à resserrer les rangs : « Restons derrière la majorité et faisons ce qui est juste. »
À travers cette leçon de clairvoyance, le président de la Coordination Haali Pular réaffirme que la stabilité du pays ne se construira pas dans la dispersion, mais dans la fidélité à la parole donnée, celle des anciens, des guides, des bâtisseurs de cohésion.
En somme, l’appel d’Elhadj Alseny Barry n’est pas seulement une critique : c’est une prière pour la Guinée. Une Guinée fidèle à ses valeurs, debout sur ses quatre piliers, et consciente que, oui, « ce sont les coordinations qui peuvent, si elles n’y prennent garde, gâter le pays. »
Alpha Amadou Diallo






































